Le design au Québec : avant et après Expo 67

12 Novembre 2007 à 0H00

Des affiches, des emballages, un tire-bouchon, des lampes, quelques chaises et fauteuils, un stéthoscope, des casques de protection, un vélo, une commode et une maquette du métro de Montréal : c'est un assemblage d'objets en apparence hétéroclites qui se trouvent réunis dans l'exposition qui s'ouvre cette semaine au Centre de design. Mais ces objets racontent une histoire. Produite en collaboration avec le Musée national des beaux-arts du Québec, dont la collection de design a servi de base à l'exposition, Québec en design propose un panorama de la création québécoise dans les domaines des arts appliqués, du design industriel et du design graphique, des années 1930 à nos jours.

«On est souvent obnubilé par Expo 67, comme si la modernité faisait son apparition au Québec avec Expo 67, dit Marc Choko, directeur du Centre de design et commissaire de l'exposition avec Paul Bourassa, conservateur au Musée. Il est vrai que l'Expo a été une vitrine extraordinaire et un moment de cristallisation de cette modernité, mais dans le domaine du design comme dans celui de l'art, il n'y a pas eu de génération spontanée. Dès les années 30 et 40, on voit l'émergence du modernisme.»

Un goût pour un design d'avantgarde se révèle dans les boîtes de cosmétiques, les propositions pour un salon de beauté au magasin d'Henri Morgan ou les affiches des films de l'ONF qu'on peut découvrir dans la section de l'exposition consacrée à l'avant-guerre. De même, le design industriel des années 50 à l'Expo produit quelques objets et meubles aux lignes très modernes. «La chaise longue de Julien Hébert, créée dans les années 50, est un classique international», souligne Marc Choko. Du côté du design graphique, de nombreux créateurs s'imposent dans les années 60, dont Ernst Roch et Rolf Harder, qui conçoivent entre autres des emballages pour l'industrie pharmaceutique.

L'Exposition Universelle de 1967, à Terre des Hommes, représente un moment d'ébullition pour le design québécois. L'exposition permet entre autres de voir de nombreuses interprétations du fameux logo de l'événement.

La chaise de motel orange

Un des objets coups de coeur de Paul Bourassa, la chaise de Fabio Fabiano et Michelange Panzini, date de 1971 : «Cette banale chaise de motel en plastique orange est presque une icône, dit le commissaire. Elle révèle l'ouverture sur le monde qu'on avait à l'époque et l'influence du design italien, tout en étant un objet parfaitement québécois.»

La torche officielle des Jeux olympiques de 1976, dessinée par Michel Dallaire, est une autre pièce iconique de la collection, ainsi que les mallettes de plastique rigide du même designer, qui datent des années 80.

Les objets de la période contemporaine sont présentés selon un découpage thématique, plutôt que chronologique. Il y a ainsi une section consacrée au design de performance, qui regroupe principalement des équipements pour le plein air et le sport - «une des forces du design québécois», note Paul Bourassa - mais aussi des objets comme le tire-bouchon de Claude Maufette, distribué par Le Creuset. Une autre section met en valeur le design responsable : on y retrouve des affiches sur le sida de l'agence Diesel, ainsi que les «Spider Boots» de Gad Shaanan Design, un système de protection du pied contre les mines antipersonnel.

La contribution du Centre de design a été précieuse pour monter cette exposition, qui a été une occasion pour le Musée national des beauxarts du Québec d'enrichir sa collection de design, qui ne contenait pratiquement aucune pièce des dernières décennies. «Grâce aux expositions sur le design québécois que nous avions organisées au cours des dernières années, comme Main Design 04, nous avions les connaissances nécessaires de même que les contacts avec les designers qui ont fait don de leurs oeuvres», explique Marc Choko.

Même si plusieurs des pièces ont déjà été montrées, que ce soit au Centre de design ou au Musée, c'est la première fois qu'elles se trouvent réunies dans une collection consacrée à l'histoire du design québécois. La scénographie de l'exposition, inspirée du thème du cabinet de curiosités, est signée Georges Labrecque. L'exposition sera présentée à Gand, en Belgique, dans le cadre de la vitrine du Québec en Flandre, en février prochain. Elle sera par la suite montrée à Québec et ailleurs au Canada. Lors de l'agrandissement du musée, il est question qu'elle loge dans sa propre salle permanente. En attendant, elle fait l'objet d'un catalogue, «un état des lieux sur ce qu'on connaît du design au Québec», dit Marc Choko. Le catalogue a été réalisé par le jeune designer Alexandre Renzo et est précédé d'une préface de l'anthropologue Bernard Arcand.

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