Le Québec peut-il inspirer la paix au Tibet...

8 Janvier 2007 à 0H00

Vous êtes fatigués des éternels tiraillements entre Québec et Ottawa? Sachez que la question intéresse au plus au point les membres du gouvernement tibétain, en exil à Dharamsala, au nord de l'Inde. Alain G. Gagnon, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes, s'est même entretenu avec le Dalaï Lama en novembre dernier à propos des suites du référendum de 1995. «Le chef spirituel tibétain a montré une fine connaissance de la dynamique canadienne», rapporte-t-il.

Le professeur de science politique était invité à Dharamsala dans le cadre d'une conférence internationale organisée par le gouvernement du Tibet. Des représentants de 13 autres «nations sans États» ont échangé pendant près d'une semaine sur la nature de leurs revendications. «Le Dalaï Lama négocie actuellement avec le gouvernement chinois pour ramener la paix au Tibet, faire reconnaître les droits de son peuple et accroître son autonomie, explique Alain Gagnon. Les représentants des régions autonomes qui ont participé à la conférence lui ont donné des arguments pour appuyer ses négociations. Même si on ne peut pas comparer la Canada et la Chine, les expériences du Québec peuvent renforcer les négociations menées par le Tibet.»

Les Tibétains qui habitent en terre chinoise disposent déjà de certains droits. Toutefois, ceux-ci sont très restreints, pour ne pas dire symboliques. Les enfants, par exemple, peuvent être éduqués en langue tibétaine au primaire. Mais cette langue ne conduit pas à l'emploi. Dès le secondaire, le mandarin ou le cantonais est imposé. «Les élèves qui ont complété leurs premières années dans la langue des leurs ancêtres accusent un retard par rapport aux autres», constate Alain Gagnon.

Le rouleau compresseur

Le professeur s'explique mal pourquoi la République populaire de Chine accorde volontiers des espaces d'autonomie à des régions comme Hong Kong ou Macao, tout en refusant de reconnaître les droits des Tibétains. Après tout, on compte six millions de Tibétains pour 1,2 milliard de Chinois. Pourquoi, devant un si petit nombre, faudrait-il avoir recours au rouleau compresseur?

«Il ne faut pas oublier que les habitants de Hong Kong et de Macao appartiennent à la nation Han qui forme 92 % de la population, explique le professeur. Par opposition, les Tibétains ne sont pas considérés comme des vrais Chinois. Le fait qu'il existe 55 minorités nationales en Chine offre aussi un élément de réponse. En ouvrant la porte au Tibet, la Chine craint de générer un raz-de-marée.» L'incroyable pouvoir d'attraction du Dalaï Lama serait aussi perçu comme une menace par le gouvernement de Hu Jintao.

Selon Alain Gagnon, le temps est propice pour la Chine de saisir la perche tendue par le Dalaï Lama. Ce dernier propose une solution pacifique qu'il est prêt à négocier dans un esprit de tolérance et même de respect d'une partie comme de l'autre. Et quel plus beau moment que la veille des Jeux olympiques de 2008 pour le gouvernement chinois de montrer une ouverture envers les droits de l'Homme? «On va voir jusqu'où la Chine est prête à aller. Pour l'instant, elle ne montre pas de signes d'ouverture.»

Orphelins et réfugiés

Outre sa rencontre avec les représentants du gouvernement en exil, le professeur Gagnon a eu la chance, lors de son voyage, de visiter l'orphelinat tibétain de Dharamsala où habitent 2 500 enfants, souvent laissés par des mères qui traversent la frontière pour y déposer leur poupon. Il a aussi vu les camps où s'entassent les réfugiés, complètement lessivés par des années d'oppression.

On le devine, un des points culminants de son périple aura été sa rencontre avec la Dalaï Lama, en exil de son pays depuis bientôt 50 ans. «Lorsqu'on entre dans la pièce où il se trouve, on sent immédiatement sa présence. Il est très jovial, pose des questions précises et n'impose aucune distance entre lui et ses interlocuteurs. Il touche les gens avec lesquels il parle. Quand il a placé la hada – écharpe tibétaine – autour de mon coup, j'ai sentir mes jambes ramollir.»

D'ici deux ans, le professeur Gagnon espère réunir les représentants du gouvernement tibétain et ses collègues des autres régions autonomes, ici même à l'UQAM. Des représentants de Hong Kong, du Groenland, du Sud Tyrol, de la région Saami (Laponie), de la Catalogne, de l'Écosse, mais aussi du Nunavut ou de Porto Rico, pourraient être au rendez-vous.

«Toutes les régions autonomes du monde ont les yeux rivés vers le Québec, dit-il. Elles nous considèrent comme un modèle, en raison du haut taux d'affranchissement que nous avons acquis par rapport au gouvernement central. Notre politique linguistique et notre droit au contrôle de l'immigration sont particulièrement enviés. Ces régions nous encouragent à aller plus loin, à revendiquer plus de responsabilités encore, pour appuyer leurs propres revendications.»

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