Metteures en scène d'ici et d'ailleurs

19 Mars 2007 à 0H00

«Si c'était à refaire... je ne le referais pas!», affirme en riant Josette Féral à propos de Voix de femmes, troisième tome de sa série d'entretiens intitulée Mise en scène et jeu de l'acteur (Québec Amérique). L'ouvrage de 574 pages a nécessité huit années de travail à la professeure de l'École supérieure de théâtre et ses collaborateurs, afin de recueillir, retranscrire, faire approuver, corriger puis éditer les témoignages de 29 metteures en scène provenant de 14 pays. Au coeur de ces entretiens : l'évolution du métier et le fait d'être une femme dans un univers encore majoritairement composé d'hommes.

À ce jour, aucun ouvrage n'avait été consacré aux metteures en scène, même si celles-ci composent près de 30 % de la profession sur la scène occidentale. «Elles ne sont pas toutes reconnues internationalement, mais elles sont très connues dans leur pays», précise Mme Féral à propos des femmes qu'elle a interrogées et qui sont âgées de 35 à 75 ans. «Nos entretiens traversent donc les générations, les cultures, les esthétiques et les langues, et ils témoignent de diverses expériences de vie», écrit-elle en avant-propos.

«J'ai d'abord voulu vérifier s'il existait une différence d'esthétique entre les hommes et les femmes, explique Mme Féral. La réponse est non. Certaines possèdent une esthétique traditionnelle, alors que d'autres privilégient une esthétique d'avant-garde, comme chez les hommes.»

Les parcours et difficultés rencontrées, par contre, montrent des différences marquées. «Si la plupart des femmes se considèrent d'abord comme des artistes et souhaitent qu'on les juge comme telles – et non en tant que femmes –, elles reconnaissent toutes (…) que dans l'ombre des coulisses ou au grand jour, face aux institutions, elles ont, à un moment ou à un autre, pris conscience d'une certaine discrimination. Quelques-unes nous l'ont dit clairement, d'autres nous l'ont affirmé en privé, ne voulant pas l'avouer sur la place publique», écrit Mme Féral, toujours en avant-propos de son ouvrage.

Selon elle, les structures ne favorisent pas encore l'intégration des femmes metteures en scène. «Je pense notamment à Elisabeth Schweeger, dont la nomination au Théâtre de Francfort a suscité l'hystérie, raconte-t-elle. Ou encore aux principaux théâtres institutionnels de Paris, qui étaient tous dirigés par des hommes jusqu'en août dernier, alors qu'une femme a pris la direction de la Comédie-française... une nomination dont les motifs semblent intéressés. Apparemment, les conseils d'administration, majoritairement composés d'hommes, ont du mal à s'entendre avec les femmes dans ce milieu.» Voix de femmes, qui trace le portrait de la mise en scène au féminin en Occident, suscitera-t-il la controverse dans l'univers théâtral?

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