Sur la piste du syndrome Gilles de la Tourette

12 Novembre 2007 à 0H00

Vous est-il déjà arrivé, en regardant quelqu'un bâiller, d'ouvrir la bouche pour inspirer et expirer profondément, alors que vous ne ressentiez pourtant aucune fatigue? De vous sentir triste à la vue d'un parfait étranger qui éclatait en sanglots? Ou encore d'esquisser le mouvement d'un lancer au but tandis qu'à la télévision, votre joueur préféré s'apprêtait à tirer au filet? Certains mouvements, expressions ou sentiments semblent contagieux. La raison, selon certains scientifiques, se cacherait dans les «neurones miroirs».

Découvertes dans le cerveau des macaques au cours des années 1990 par l'équipe de Giacomo Rizzolatti, célèbre neuropsychologue italien, ces cellules logent dans le cortex prémoteur et le lobe pariétal. Elles émettraient un potentiel d'action lorsqu'un individu regarde quelqu'un d'autre exécuter un mouvement. Ces cellules seraient responsables de l'imitation comportementale et joueraient un rôleclé dans les processus d'apprentissage par mimétisme, dans l'acquisition du langage notamment.

Jeune professeur recruté en juillet dernier par le Département de kinanthropologie, Martin Lemay s'intéresse à ces cellules. Plus spécifiquement, il aimerait découvrir si elles sont impliquées dans le syndrome Gilles de la Tourette, qui se traduit entre autres par des tics vocaux et moteurs. «J'ai été formé à la fois en kinanthropologie et en psychologie», explique le chercheur, qui a cheminé à la fois par l'Université du Québec à Trois-Rivières, l'Université de Montréal, l'UQAM et l'université d'État de l'Arizona. «Ainsi, je m'intéresse aux liens qui existent entre le système musculosquelettique et le cerveau.»

Même famille que l'autisme?

Certains chercheurs ont déjà avancé que les neurones miroirs seraient impliqués dans l'autisme. On sait que les personnes atteintes de cette maladie n'arrivent pas à ressentir les émotions des personnes de leur entourage, ce qui les empêche de réagir de façon appropriée. Leurs neurones miroirs seraient en quelque sorte défectueux. D'autres scientifiques pensent que la défaillance des neurones miroirs empêcherait les psychopathes d'éprouver toute forme d'empathie envers leurs victimes.

À l'inverse, Martin Lemay croit que les neurones miroirs des individus atteints du syndrome de la Tourette seraient hyperactifs. «Avec leurs tics, les malades reproduisent involontairement les gestes ou les paroles qu'ils voient ou entendent, précise le chercheur. Ainsi, le syndrome de la Tourette et l'autisme pourraient être liés au niveau génétique. Il s'agirait de la même grande famille de maladies.» Contrairement à d'autres troubles du mouvement comme le Parkinson, le syndrome de la Tourette n'évolue jamais vers la démence.

Pour un meilleur diagnostic

Pour confirmer son hypothèse, Martin Lemay compte recruter des patients aux prises avec le syndrome. Ils participeront à une étude dans le laboratoire qu'il a installé au Centre de réadaptation Marie Enfant de l'Hôpital Sainte-Justine. Tandis qu'ils regarderont quelqu'un exécuter des mouvements, le chercheur mesurera leur activité musculaire. Un groupe d'individus n'ayant pas le trouble servira de groupe contrôle. Le chercheur aimerait éventuellement se servir de techniques d'imagerie cérébrale pour pousser ses recherches plus loin.

Il planche présentement sur les demandes de subvention pour équiper son laboratoire et s'adjoindre quelques stagiaires postdoctoraux. Il peut déjà compter sur l'appui du professeur François Richer, professeur au Département de psychologie, expert des maladies de Tourette, de Huntington et de Parkinson. «L'UQAM est en train de bâtir une solide équipe en neurosciences, notamment dans le domaine des troubles du mouvement», dit-il.

À long terme, Martin Lemay espère que ses recherches permettront de faciliter le diagnostic du syndrome Gilles de le Tourette. «Pour l'instant, les critères sont plutôt subjectifs. Il suffit que les tics s'apaisent pendant qu'un patient se trouve dans le cabinet de son médecin pour dérouter le clinicien. En comprenant mieux la maladie, on pourra plus facilement l'identifier, surtout chez un jeune patient.»

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