Une vie au musée

19 Mars 2007 à 0H00

«Mes passions pour l'histoire, l'éducation et la muséologie sont imbriquées et ont marqué ma vie professionnelle, même si j'ai eu un parcours atypique», affirme Guy Vadeboncoeur, conservateur en chef, directeur exécutif et directeur-général du Musée Stewart de l'Île Sainte-Hélène. Considéré par certains comme le père de l'éducation muséale au Québec, il est à la fois fier et surpris de l'honneur que lui fait la Faculté des sciences de l'éducation en lui décernant le Prix Reconnaissance UQAM 2007.

Guy Vadeboncoeur conserve d'excellents souvenirs de ses deux passages à l'UQAM, à plus de 30 ans d'intervalle. «J'y ai vécu de beaux moments, d'autant plus que j'y étais au tout début, en 1969», se rappelle-t-il. Il a, en effet, obtenu son baccalauréat spécialisé en enseignement secondaire de l'histoire en 1972, et son doctorat en éducation... en 2003! «Ce doctorat s'inscrivait dans la continuité de ma relation avec l'UQAM, qui ne s'est jamais démentie au fil des ans.» M. Vadeboncoeur fut d'ailleurs l'un des membres fondateurs du Groupe de recherche sur l'éducation et les musées (GREM).

«Je m'intéresse toujours aux activités du GREM, dit-il, et je conserve des liens avec la Faculté des sciences de l'éducation. Les étudiants du cours d'initiation à l'enseignement primaire, par exemple, viennent au musée afin de constater le potentiel pédagogique de nos collections. Le musée accueille également quelques stagiaires de la maîtrise en muséologie chaque année, sans compter les professeurs d'études littéraires ou même de mathématiques qui nous rendent visite avec leurs étudiants.» Bref, l'UQAM n'est jamais bien loin.

D'un emploi d'étudiant... à grand patron!

M. Vadeboncoeur est à l'emploi du Musée Stewart depuis l'âge de 16 ans! «J'ai d'abord été embauché pour un emploi d'été, raconte-t-il. Le corps des cadets de l'armée recrutait des étudiants pour faire de l'animation militaire.» De 1965 à 1970, il a tour à tour été soldat, maître-canonnier, puis capitaine de la Compagnie franche de la Marine, responsable, encore aujourd'hui, de l'animation historique au Fort de l'Île Sainte-Hélène, bâtiment principal du musée. «Cette expérience m'a permis de me familiariser avec la collection du musée et de satisfaire ma passion pour l'histoire de la Nouvelle-France», dit-il.

En 1971, alors qu'il ne lui reste que quelques cours pour terminer son baccalauréat et amorcer une carrière d'enseignant, il est le premier professionnel embauché par le musée, à titre d'archiviste des collections. «En plus de ma tâche, je m'occupais de recevoir les élèves lors des visites scolaires de mai et juin. J'ai donc rapidement été impliqué et interpellé par la mission éducative du musée. À l'époque, l'éducation muséale telle qu'on la connaît aujourd'hui n'existait pas.»

De fil en aiguille, il accède à un poste de conservateur en 1974, puis de conservateur en chef en 1988. Il devient directeur associé en 1996 et, dix ans plus tard, directeur-général. «J'oeuvre donc depuis plus de 35 ans dans un domaine pour lequel je n'ai pas été formé!», dit-il en riant.

D'autres batailles à livrer

Professionnellement parlant, Guy Vadeboncoeur a grandi avec le Musée Stewart, mais aussi avec l'ensemble du réseau des musées privés, qui représente plus de 95 % des musées du Québec. «Mes collègues et moi avons été parmi les pionniers de la transformation de la Société des musées québécois, explique-t-il. Formée dans les années 50, elle regroupait à l'origine des amateurs. Au milieu des années 70, nous en avons fait un véritable regroupement professionnel.»

Au début des années 80, il a accepté un mandat à la présidence du conseil d'administration de la Société des musées québécois; il a répété l'expérience en 2005, pour un mandat prenant fin en octobre prochain. «J'ai accepté car il y a de nombreux défis à relever, le plus important étant le sous-financement chronique dont souffrent les musées québécois.»

Au Musée Stewart, les défis d'ordre financier de M. Vadeboncoeur s'ajoutent au souci d'offrir plus d'activités et de varier la programmation pour attirer plus de visiteurs. Bon an mal an, la clientèle du musée oscille autour de 75 000 visiteurs, surtout des touristes en visite durant l'été. «Plusieurs habitants de la grande région montréalaise nous perçoivent comme un musée n'offrant que des activités saisonnières s'adressant aux touristes ou aux étudiants, mais nous offrons tellement plus, plaide-til. Pas seulement l'été et l'hiver, mais à longueur d'année.» L'invitation est lancée!

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