Cinéaste sans fusil

19 Août 2008 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Stéphane Lafleur (B.A. communication, 99) avait à peine 30 ans lorsqu'il a amorcé le tournage de son premier long métrage, Continental, un film sans fusil. «J'étais le moins expérimenté sur le plateau», se rappelle-t-il. Son film a reçu un concert d'éloges et fait la tournée des festivals, rapportant quelques prix dans ses bagages, dont le Bayard d'Or du meilleur film à Namur, en Belgique, le prix du premier long métrage canadien à Toronto et le prix du meilleur film canadien à Whistler, avant d'être couronné à la soirée des Jutra, où il a remporté quatre prix.

«J'ai réalisé le film que j'avais en tête, en toute liberté», affirme fièrement le jeune cinéaste, qui en a également signé le scénario. Comédie noire, ou drame comique, Continental met en scène quatre personnages qui n'ont rien en commun et dont les histoires parallèles s'effleurent, un peu à la manière de la danse en ligne qui donne une partie de son titre au long métrage. Avec ses plans fixes, un jeu d'acteurs tout en retenue et un minimum de dialogues qui accentue l'attention portée au son, ce film d'ambiance jette un regard lucide sur la solitude, tout en réussissant à éviter l'écueil du misérabilisme grâce à une écriture teintée d'absurde.

Stéphane Lafleur a travaillé avec Réal Bossé (B.A. art dramatique, 91), lauréat du Jutra du meilleur acteur de soutien, Marie-Ginette Guay, Fanny Mallette et Gilbert Sicotte dans les rôles principaux. «Ils ont été très généreux, précise-t-il, même si le scénario les obligeait souvent à jouer seuls, sans dire un mot et pas nécessairement sous leur meilleur jour.»

Le jeune réalisateur s'excuse presque de la banalité de son parcours - des études collégiales et universitaires en cinéma - mais c'est pourtant ce qui lui a permis d'apprendre les rudiments de son art. «J'ai tout appris avec le court métrage : la technique, les différentes étapes de production et le vocabulaire pour interagir avec les gens du métier.»

C'est même grâce à son court métrage de fin d'études, Karaoke, présenté dans le cadre du Festival Proje(c)t Y, consacré aux meilleurs films universitaires québécois, qu'il a rencontré Luc Déry, l'un des producteurs de Continental. «Il a aimé mon travail et m'a invité à lui faire part de mes projets futurs», se rappelle Stéphane Lafleur, qui a ensuite fait partie des débuts de l'aventure KINO, ce regroupement de jeunes cinéastes fondé en 1999 par un ancien confrère de classe, Christian Laurence (B.A. communication, 98). «Christian était jaloux de son frère musicien qui pouvait jammer avec ses amis n'importe quand, explique-t-il. KINO a été fondé pour permettre aux cinéastes de produire des courts-métrages et de les présenter devant un public une fois par mois.»

Stéphane Lafleur devait toutefois gagner sa croûte. En attendant de tourner «ses propres affaires» - pas question pour lui de réaliser n'importe quoi à n'importe quel prix -, sa passion pour le septième art l'a poussé à devenir monteur pour des documentaires, des courts-métrages et des émissions de télé. «C'est une excellente école, explique-t-il. J'ai eu la chance de voir tous les bons coups et les mauvais coups des autres réalisateurs.»

En parallèle, l'écriture de Continental lui a pris presque deux ans. «L'expérience du montage m'a servi, précise-t-il. Quand le temps de tourner est venu, je savais exactement les scènes et les plans que je souhaitais réaliser, ce qui m'a permis de gagner un temps fou. Et le temps, c'est ce qui file le plus vite sur un plateau!»

Il a aussi composé les transitions musicales de son film, puisqu'il est également guitariste et chanteur au sein du groupe country folk Avec pas d'casque, dont le premier album, Trois chaudières de sang, est sorti en mai 2006. Le groupe, qui devrait lancer un deuxième album à l'automne, a participé l'été dernier aux Francofolies de Montréal, mais il n'effectue ni promotion, ni tournée. «Ce n'est pas du tout carriériste comme démarche, avoue Stéphane Lafleur en riant. J'aime la scène à petites doses.»

Il préfère se retrouver derrière la caméra et il a déjà hâte de réaliser son prochain film, dont l'écriture est amorcée. Il n'en dira pas davantage, sauf que ce sera probablement un autre film sans fusil!

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