Communautés ethnoculturelles et violence conjugale

10 Novembre 2008 à 0H00

En 2001, il y avait 350 000 femmes immigrantes au Québec. Une Québécoise sur dix était née à l'étranger. «Il est particulièrement difficile pour les femmes issues de communautés ethnoculturelles de sortir du cercle de la violence conjugale. Elles sont confrontées à beaucoup de barrières : isolement social, perte du soutien familial, précarité des ressources financières, méconnaissance de la langue, services peu accessibles et préjugés de certains intervenants», affirme Ginette Berteau, professeure à l'École de travail social, qui a fait l'évaluation d'une campagne de sensibilisation à la violence conjugale réalisée par le Bouclier d'Athéna. Cet organisme communautaire d'origine grecque a commandé cette étude au Service aux collectivités de l'UQAM.

Deux cent dix personnes, issues de onze communautés, ont participé à cette recherche, dont une majorité de femmes (84 %). Le tiers des répondants (33 %) étaient des immigrants de fraîche date. Trente-cinq pour cent des femmes et 20 % des hommes étaient allophones. Les participants étaient invités à visionner des clips vidéos d'une quinzaine de minutes, dans leur langue maternelle. «On voit un homme qui frappe sa conjointe et les enfants sont témoins de la scène. Un enfant pleure et appelle le 911... Ces petits films frappent. Ils touchent beaucoup», affirme Ginette Berteau. Maud Pontel, chargée de projet et étudiante à la maîtrise en intervention sociale, administrait des questionnaires avant et après les vidéos. Les résultats de l'étude démontrent que les efforts de sensibilisation auprès des femmes issues de communautés ethnoculturelles victimes de violence conjugale sont plus efficaces lorsqu'ils sont adaptés dans leur langue maternelle.

Ginette Berteau a été un peu étonnée de constater que la plupart des répondants savaient très bien distinguer les différents types de violence conjugale (physique, économique, sexuelle et financière). Pour certains d'entre eux, la violence psychologique n'est pas perçue comme de la violence, «par exemple, crier après sa conjointe en Russie n'est pas vu comme de la violence, parce que les gens parlent toujours fort. Les repères culturels ne sont pas les mêmes». Les répondants connaissent généralement les principales ressources d'aide (911, les services policiers et SOS-violence conjugale). Plus de 80 % disent qu'ils s'adresseraient à un organisme communautaire ou à un proche pour obtenir de l'aide en matière de violence conjugale, alors que 60 % choisiraient plutôt un leader spirituel. Les hommes plus que les femmes préfèrent garder le sujet de la violence conjugale dans le secret de l'alcôve. Mais le résultat qui a le plus étonné Ginette Berteau, c'est le fait qu'un participant sur cinq considère, même après l'activité de sensibilisation, qu'une victime de violence conjugale peut se retrouver en prison. Chez les femmes, la perception a même augmenté après le visionnement de la vidéo. Une analyse plus fine des résultats a révélé que les personnes qui croyaient qu'une victime pouvait aller en prison provenaient, pour la plupart, de cinq communautés issues de pays qui avaient connu une dictature. La chercheuse constate par ailleurs que les changements de perceptions les plus importants s'observent chez les hommes. «Nous avons parfois des préjugés, mais les gens qui viennent d'ailleurs sont plus ouverts à entendre ce qu'on a à leur dire qu'on ne le pense», note Mme Berteau.

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