Dans le ventre du Web

20 Novembre 2008 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Crâne rasé, bluejean et manches de chemise retroussées, Éric Chouinard (B.A.A. comptabilité de management, 99) n'a pas l'allure d'un patron de grande entreprise. Et pourtant. Le Groupe iWeb, qu'il a fondé en 1996 avec Martin Leclair (B.Sc. informatique de gestion, 02), emploie 120 employés et compte 14 000 clients dans 135 pays. Leur business? Gardiens du Web. «... C'est-à-dire?» Éric Chouinard m'a aussitôt proposé une visite dans le ventre de la bête.

Destination Saint-Léonard, où iWeb est propriétaire d'un édifice anonyme. Mon hôte fait aller ses clés, ses cartes magnétiques, appose son doigt sur un détecteur d'empreintes digitales. Ici, on ne badine pas avec la sécurité.

Après moult contrôles, Sésame s'ouvre enfin. Devant moi, des «machines». De grosses machines. «Ce sont les entrailles du Web», m'explique Éric. En d'autres mots, des serveurs. Sur leurs cartes mémoire se cachent les données responsables de l'affichage de millions de pages Web, qu'on peut consulter sur les sites de banques, de ministères, de commerçants électroniques...

L'édifice fait 20 000 pieds carrés et les équipements s'empilent jusqu'au plafond. On peut installer ici 12 000 serveurs! Tout autour s'élèvent d'immenses systèmes de climatisation, les poumons de la bête, en quelque sorte. Parce que 12 000 serveurs qui roulent simultanément, ça peut vite surchauffer. «On est un des gros clients d'Hydro-Québec», confirme Éric en me montrant l'entrée électrique, qui occupe un mur complet.

En hiver, les systèmes de climatisation tournent évidemment au ralenti. Un énorme avantage concurrentiel. En Californie ou au Texas, les dépenses énergétiques des entreprises d'hébergement représentent entre 15 et 20 % du budget. Chez iWeb, on parle de 5 %. Alimentée à l'énergie hydro-électrique, iWeb affiche aussi un bilan environnemental plus vert que ses concurrents alimentés au charbon.

L'entreprise québécoise compte deux autres édifices comme celui-ci, dans Hochelaga-Maisonneuve et à l'Île-des-Soeurs. Elle est déjà sur le marché pour en dénicher un quatrième, qui pourra héberger 30 000 machines. «On ajoute à peu près 500 nouveaux serveurs par mois à notre parc, ce qui représente des investissements de 800 000 $ mensuellement.»

Dès 1999, un article publié en France classait iWeb parmi les entreprises d'hébergement les plus intéressantes. Depuis, les affaires ont explosé. Les deux comparses qui avaient démarré dans leur sous-sol de banlieue se sont trouvé un local dans le Vieux-Montréal. Sylvain Leclair (B.A.A., 01) - le frère de Martin - et Hugo Denommée (B.Sc. informatique de gestion, 00) se sont joints à l'équipe. Puis, Cyrille Mertes (B.Sc. informatique de gestion, 01). Tous trois de l'UQAM, comme Éric et Martin. Les trois sont devenus vice-présidents de la compagnie.

«On a à peu près tous terminé nos baccalauréats à l'UQAM à temps partiel, en travaillant ici», raconte Sylvain, vice-président aux ventes et au marketing. «On mettait en pratique nos nouvelles connaissances dès qu'on sortait de la salle de classe.»

La leçon de marketing a été bien apprise. Chaque mois, l'entreprise dépense 180 000 $ en publicité, surtout auprès de sites comme Google ou Yahoo, pour être certaine de se retrouver parmi les premiers «hits» lorsqu'on entre des mots clés comme «hébergement serveurs Web» dans les moteurs de recherche. Le site de iWeb, en français, en anglais et en espagnol, permet à ses clients de tout régler à distance. «Au besoin, ils peuvent nous contacter par courriel, par clavardage ou par téléphone, souligne Sylvain. Notre service des ventes fonctionne 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.» Lors de mon passage, on y parlait anglais, arabe, portugais et espagnol.

Inscrite à la Bourse de croissance TSX depuis 2004 - le quotidien La Presse a choisi le titre d'iWeb parmi les cinq entreprises à surveiller en bourse en 2008 -, la PME a sans cesse besoin de capitaux pour se développer. «Les investisseurs de chez nous connaissent peu notre secteur et je dois régulièrement me rendre à Toronto ou même aux États-Unis», explique Éric. Des voyages rentables. Goldman Sachs, de New York, lui a accordé un financement de 22 millions de dollars en août dernier.

Le prochain défi pour iWeb sera de dénicher des employés. Et de garder ceux qu'elle réussit à repêcher. La main-d'oeuvre spécialisée se fait rare. «Je veux consolider le sentiment d'appartenance à l'entreprise», souhaite Éric. Sur ce, il s'éclipse. «J'ai justement une partie de basket avec la gang!»

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