La patronne de Moisson Montréal

20 Novembre 2008 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Des centaines de boîtes de macaroni au fromage, de biscuits Ritz, de soupe aux pois, de yogourt et de café. Des montagnes de brocoli un peu fatigué, de carottes, de choux, d'oignons et de patates. «Chaque année, 811 000 kilos de denrées, pour une valeur de 36 millions de dollars, sont triés, puis redistribués aux 207 groupes communautaires que nous desservons dans la région métropolitaine», m'explique en marchant la petite femme débordante d'énergie qui me fait visiter les installations de Moisson Montréal, dans le nord de la ville.

Johanne Théroux (C. administration, 90) dirige avec passion cette «grosse PME du secteur communautaire». Saluant au passage employés et bénévoles qui s'affairent dans l'immense entrepôt, elle me raconte qu'elle a toujours travaillé dans le milieu des affaires sociales. D'abord dans les Centres jeunesse, où elle a commencé sa carrière comme réceptionniste à temps partiel, tout en élevant ses trois enfants et en prenant des cours d'administration à l'UQAM. Puis dans les CLSC, où elle a travaillé après avoir obtenu un baccalauréat en travail social de l'Université Laval. Et finalement dans le secteur communautaire, où ses talents de gestionnaire ont rapidement été remarqués. Avant Moisson Montréal, elle a dirigé la banque alimentaire des Basses-Laurentides. «C'est en partie grâce à mon certificat en administration que j'occupe aujourd'hui ces fonctions, note-t-elle avec un sourire. De réceptionniste à directrice générale, ce n'est pas mal!»

Depuis son arrivée à Moisson Montréal, Johanne Théroux a donné un bon coup de balai dans l'organisation des tâches, resserré les processus et stabilisé le roulement du personnel. Entourée d'une «équipe extraordinaire», la patronne déborde littéralement de projets. Grâce à une collaboration avec la Coalition énergie et construction durable, des travaux d'une valeur de quatre millions de dollars, réalisés bénévolement par les entrepreneurs membres de la coalition, sont en train de transformer son édifice de 107 000 pieds carrés en un modèle d'architecture durable. «Après les rénovations, nous occuperons moins d'espace, ce qui nous permettra de réduire nos coûts opérationnels et même de louer une partie de l'entrepôt à une autre entreprise du secteur social», explique-t-elle.

D'année en année, les producteurs et distributeurs qui alimentent Moisson Montréal font une gestion de plus en plus serrée de leurs inventaires. En mai et juin derniers, l'entreprise a connu une pénurie exceptionnelle du côté des produits frais. Solution? Augmenter l'efficacité, réduire les pertes. «Nous envisageons d'expérimenter des méthodes de transformation légère, dit Johanne Théroux. Si nous pouvions blanchir et congeler certains fruits et légumes que nous avons en surplus, cela nous permettrait de mieux gérer nos stocks.»

«Bonne boîte, bonne bouffe» est un autre projet lancé il y a un an pour pallier le tarissement des canaux d'approvisionnement traditionnels. Basé sur les regroupements d'achats, il permet de livrer à moindre coût des boîtes de fruits et de légumes frais de première qualité aux personnes qui forment un groupe de 10 personnes ou plus. Les boîtes viennent avec des conseils sur la façon d'apprêter les aliments, question d'encourager du même coup la saine alimentation. Le projet a tellement bien fonctionné que la gestionnaire compte mettre sur pied une opération semblable pour les achats des cuisines collectives et des comptoirs alimentaires.

«La crise actuelle des prix des aliments a beaucoup d'impact sur les personnes à faible revenu, non seulement celles qui reçoivent de l'aide sociale, mais aussi celles qui travaillent au bas de l'échelle», souligne Johanne Théroux. Les statistiques compilées par Moisson Montréal montrent d'ailleurs une augmentation de cette clientèle parmi les 110 000 personnes, dont 33 000 enfants, qui, chaque année, reçoivent de l'aide de l'organisme sous forme de paniers alimentaires ou de repas.

Que répond la patronne de Moisson Montréal à ceux qui reprochent aux banques alimentaires de n'être qu'un plaster sur la plaie de la pauvreté? «Je leur dis qu'ils ont raison, réplique-t-elle calmement. Je n'ai jamais prétendu que les banques alimentaires étaient une panacée. C'est un mal nécessaire. Ce qu'il faut, ce sont des emplois décents pour les gens. Ici, personne ne travaille à temps partiel, sauf ceux dont c'est le choix, et les salaires ne sont pas faramineux, mais il n'y a personne au salaire minimum.»

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