L'art est un jeu

27 Octobre 2008 à 0H00

«Chaque projet me sert de laboratoire d'expérimentation et me permet de tester mes hypothèses de recherche», affirme Marie Fraser. Pour cette jeune professeure du Département d'histoire de l'art, son rôle de chercheuse est indissociable de celui qu'elle assume comme commissaire de divers événements en art contemporain. Car c'est de l'effervescence de la scène artistique contemporaine, à laquelle elle participe activement, qu'elle tire le matériau de ses recherches.

Commissaire de La demeure, un cycle d'expositions tenues dans la rue en 2002, Marie Fraser a aussi été commissaire du Mois de la photo, en 2007, et commissaire invitée au Musée national des beaux-arts du Québec, de 2000 à 2006, où elle a conçu des expositions remarquées : Le ludique, en 2001, reprise un an plus tard au Musée d'art moderne de Lille, et, en 2005, Raconte-moi, présentée par la suite au Casino Luxembourg. Deux titres qui résument bien son programme de recherche axé sur le jeu et la narrativité. «Si l'art flirte de plus en plus avec la réalité, avec la culture de masse ou les médias, c'est toujours pour les remettre en jeu et les récits font partie de cette remise en jeu», dit la commissaire.

Tensions et conflits

Pour Marie Fraser, l'art n'est pas une affaire de consensus, mais de tensions et de conflits. «Le jeu est un espace délimité qui permet la rencontre d'éléments hétérogènes, la réunion de dimensions conflictuelles, sans nécessairement les résoudre, souligne-t-elle. Tout peut arriver dans le jeu.»

Parmi les artistes qu'elle a exposés, on remarque des noms comme Michael Snow et Janet Cardiff, mais aussi BGL, Michel de Broin, Claudie Gagnon et Jean-Pierre Gauthier. L'an dernier, dans le cadre du Mois de la photo, l'artiste Douglas Gordon présentait à la Galerie de l'UQAM un western classique dont il avait ralenti la projection pour que celle-ci dure cinq ans, soit la durée réelle de l'histoire racontée dans le film. «Normalement, un film est projeté à une vitesse de 24 images par seconde, explique la commissaire, mais dans ce cas-ci, chaque image durait 20 minutes. Le film était ramené à la dimension de la photographie.»

Un effort de recyclage

Cette tendance des artistes à puiser dans les anciennes formes, à reprendre des sons, des images et des ambiances du cinéma, de la télévision ou de la publicité est favorisée par les technologies de numérisation. Mais, selon l'historienne de l'art, la question des moyens technologiques n'explique pas tout à elle seule. «On peut aussi voir cet effort de recyclage comme une forme de résistance des artistes à la société de consommation, dit-elle. Plutôt que de créer de nouvelles formes, les artistes cherchent à réinventer des formes anciennes.» Le phénomène n'est pas nouveau. «Les créateurs se sont toujours inspirés de ce qui avait été fait avant eux, convient Marie Fraser. Mais on assiste aujourd'hui à une exacerbation de ce phénomène.»

Selon l'historienne de l'art, autant les emprunts à la culture populaire que le retour du récit dans l'art contemporain témoignent de la volonté des artistes de se rapprocher du monde dans lequel ils vivent. C'est pourquoi ses projets de commissariat favorisent un contact direct entre l'art et le public, à la limite sans médiation institutionnelle. «Évidemment, plus l'art se rapproche de la vie, plus la frontière est brouillée entre ce qui est de l'art et ce qui n'en est pas, remarque Marie Fraser. Mais cela fait partie du jeu.»

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