Le corps dansant démultiplié

27 Octobre 2008 à 0H00

«Aucun livre ne couvre l'ensemble de la réalité sur le sujet du corps dansant», constate Andrée Martin, professeure au Département de danse. Pour combler cette lacune, la chercheuse s'est lancée dans le projet d'un Abécédaire du corps dansant, pour lequel elle a reçu une subvention sur trois ans du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC). «La plupart du temps, les théoriciens regardent le corps de l'extérieur, souligne-t-elle. L'expérience de danser et la relation de l'interprète avec son corps n'ont été abordées que dans des articles isolés ou des chapitres de livres. Cet ouvrage rassemblera le plus d'éléments possible sur le sujet, ce que personne n'avait encore fait.»

L'Abécédaire comprendra 26 thèmes qui offriront autant de points de vue sur le corps dansant. Jusqu'à maintenant, quatre textes ont été rédigés : A pour Action, D pour Dressage, M pour Muscle et G pour Geste. «Cette structure permet de ne pas hiérarchiser et de prendre le corps comme un tout ou un prisme que l'on regarde à travers plusieurs petites fenêtres», explique Andrée Martin.

À ce premier abécédaire théorique, qui est à l'origine du projet, deux autres vont s'ajouter. D'abord, celui de Manon Levac, professeure au Département de danse. En 30 ans de carrière, celle-ci a créé une centaine de rôles et travaillé avec plus d'une quarantaine de chorégraphes. En 26 temps, elle livrera un témoignage plus intime sur son expérience de danseuse. Finalement, l'ouvrage présentera un abécédaire en images de la photographe Dominique Malaterre.

Une version scénique

Le projet de L'abécédaire comporte aussi une version scénique : chacun de ses 26 thèmes est associé à une performance d'une trentaine de minutes pendant laquelle les interprètes dansent et récitent le texte associé à la lettre. «Je me suis rendu compte en écrivant le texte de la lettre A qu'il manquait quelque chose et c'était... la présence du corps», lance Andrée Martin. Manon Levac dirige les danseuses qui participent à ces performances. Elle collabore également au texte et à la mise en scène, et elle est elle-même interprète. «Ce qui est travaillé sur scène n'est pas une illustration de l'ouvrage, précise-t-elle. La même thématique est plutôt abordée par le travail corporel et scénique. C'est intéressant de travailler avec des médiums différents qui dialoguent entre eux.»

Les performances ont déjà été présentées à Montréal, Paris, Mexico et au Chili. Le spectateur est invité à exprimer ses commentaires lors d'une discussion après la performance. Des modifications sont d'ailleurs apportées à la suite de chaque exercice. Les interprètes qui travaillent à l'Abécédaire sont considérées comme des collaboratrices. «Elles contribuent à la réflexion. Je les invite à réagir à ce que je propose, parce que ce sont des personnes qui vivent le corps dansant», dit la metteure en scène, Andrée Martin. Outre Manon Levac, trois étudiantes à la maîtrise en danse, Catherine Fariña, Catherine Gaudet, Caroline Gravel ainsi que Judith Lessard- Bérubé, danseuse professionnelle, participent au projet.

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