Médias interactifs : sous le signe de l'innovation

31 Mars 2008 à 0H00

Les porte-parole de l'industrie du multimédia au Québec ne cessent de le répéter. Pour se démarquer dans un univers aussi compétitif, les entreprises ont besoin d'une main- d'oeuvre possédant des habiletés à la fois techniques et conceptuelles. C'est pourquoi l'École des médias de l'UQAM offre depuis 2005 un baccalauréat en médias interactifs. À celui-ci s'est ajouté, depuis l'automne dernier, une maîtrise en communication avec un profil recherche-création en média expérimental : deux programmes qui, chaque année, recrutent près de 100 étudiants.

«Nos diplômés sont très recherchés par l'industrie, rappelle Simon-Pierre Gourd, professeur à l'École des médias et responsable de la nouvelle maîtrise en média expérimental. Plusieurs créent leur propre boîte de production ou occupent des postes importants en entreprises. C'est le cas de Julie Brault, aujourd'hui directrice principale du secteur médias interactifs chez Vidéotron, d'Alexandre Parizeau, producteur de jeux vidéo chez Ubisoft, ou d'Emmanuel Sévigny, directeur de projet chez Elektratek.»

Les deux programmes d'études visent à former des concepteurs spécialisés dans la création et le traitement de contenus numériques interactifs. Ils ne s'adressent pas qu'aux mordus de l'informatique, mais à tous les jeunes qui s'intéressent à la convergence des arts, sciences et communications. «Nos étudiants proviennent de divers horizons mais apprennent tous à travailler avec des images - fixes ou animées - des sons et des algorithmes, fondements du langage des médias interactifs, explique M. Gourd. Un fil conducteur traverse l'ensemble de leur formation, celui de l'innovation.»

Des applications multiples

Il est difficile de définir les contours des médias interactifs, reconnaît le professeur. Certains chercheurs les qualifient même de «médias instables», notamment à cause de leur caractère hybride. Chose certaine, leurs applications sont extrêmement diversifiées, depuis les jeux interactifs sur console vidéo ou en ligne, jusqu'à la conception d'interfaces et de logiciels, en passant par la création de sites Web, de performances ou d'installations, sonores et visuelles.

Certaines productions interactives demeurent associées aux domaines traditionnels de l'audiovisuel - cinéma, télévision, vidéo - tandis que d'autres s'aventurent hors des sentiers battus. «L'été dernier, lors du Festival Juste pour rire, une groupe de nos finissants avait imaginé des comédiens montés sur des échasses, dont les costumes portaient de petits appareils appelés «senseurs» qui réagissaient aux mouvements de la foule et les traduisaient en sons. La création de performances, d'installations et de contenus Web constituent les forces principales de nos étudiants», souligne M. Gourd.

Work in progress

Spécialiste en création sonore pour le cinéma, la télévision, la danse et le théâtre, Simon-Pierre Gourd s'intéresse notamment à l'étude psychophysiologique des émotions, en particulier à la façon dont les performeurs et les spectateurs réagissent à des contenus médiatiques musicaux, visuels et sonores. Il travaille actuellement à un projet d'opéra, Opéra_lité, qui sera présenté à l'Usine C au printemps et auquel collaborent ses étudiants de maîtrise.

«Il s'agit d'une installation-performance, un work in progress, qui mettra en scène une performeuse-chanteuse, un conteur et un public situé au centre de l'action, explique le chercheur. Les technologies de l'expression vocale occuperont une place prépondérante et les signes psychophysiologiques des émotions de la performeuse seront captés grâce à des détecteurs placés à différents endroits sur son corps et retraduits en sons. L'univers sonore sera ainsi généré par l'activité humaine et chaque représentation sera différente de la précédente.»

Cette oeuvre est aussi atypique que le parcours de son auteur. Chef de l'atelier de son au Département de théâtre de l'UQAM à la fin des années 80, Simon-Pierre Gourd devient par la suite animateur pédagogique et chargé de cours au Département de communication, avant d'obtenir un poste de professeur en 2000. Il est aujourd'hui membre de l'Institut Hexagram et du Laboratoire des médias interactifs, tout en faisant son doctorat en études et pratiques des arts. «Aucune autre université que l'UQAM n'aurait pu me permettre de suivre un tel cheminement», dit-il en souriant.

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