Ne communique pas qui veut avec les médias

8 Décembre 2008 à 0H00

Les établissements d'enseignement et les organismes subventionnaires incitent de plus en plus les chercheurs à faire connaître leurs travaux dans les médias. Mais ceux-ci se heurtent à plusieurs obstacles, constate Danielle Ouellet, professeure associée au Département de communication sociale et publique, et directrice du Groupe de recherche sur la communication scientifique (GRECOS) de la Chaire en relations publiques et de communications marketing.

Le premier projet que Danielle Ouellet et son collègue Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire, ont mis sur pied dans le cadre du GRECOS porte sur la présence de la recherche universitaire dans les médias. Pourquoi certains chercheurs finissent-ils par s'imposer dans les médias et d'autres pas? Pourquoi ces derniers n'arrivent-ils pas, après maintes tentatives, à pénétrer ce milieu? Pourquoi, enfin, d'autres chercheurs fuient-ils délibérément les contacts avec les médias? Savoir parler de ses travaux à un journaliste n'est pas une mince affaire. «J'ai constaté dans ma pratique et en explorant la littérature que les conseils donnés aux chercheurs pour améliorer leurs relations avec les médias focalisaient surtout l'attention sur les besoins et les contraintes des journalistes. Or, il ne s'agit pas seulement, selon moi, d'un problème de techniques de communication. Il y a aussi le point de vue du chercheur. C'est la perspective adoptée par notre étude.»

La conclusion, c'est la nouvelle!

Avec Bernard Motulsky, Danielle Ouellet a identifié quatre défis à relever par les chercheurs. Le premier est d'ordre épistémologique. «Le chercheur doit présenter son sujet, en inversant totalement la structure à laquelle il est habitué : la conclusion doit arriver avant la fin. Certains chercheurs y parviennent naturellement, mais pour la plupart d'entre eux, c'est très difficile», explique-t-elle.

Le second défi se situe au niveau culturel. Le chercheur est souvent surpris de ce qui ressort d'une entrevue. Il est parfois frustré parce qu'il croit avoir été mal compris et constate que le journaliste a résumé en quelques paragraphes son travail de plusieurs années.

La reconnaissance par les pairs représente le troisième défi. Dans le monde de la recherche, les activités de communication d'un chercheur sont peu valorisées. Ceci entre en contradiction avec le fait que les universités ont tout intérêt à voir leurs professeurs rayonner sur la place publique, poursuit Danielle Ouellet.

Finalement, le dernier défi concerne la responsabilité du chercheur. «Quand il accepte de rendre compte de ses travaux à la société, en parlant dans les médias, le chercheur s'expose à la critique. Pour éviter d'être mal cité, il doit assumer la responsabilité du contenu qu'il livre au journaliste», continue la chercheuse.

Pourquoi communiquer?

Les travaux du GRECOS permettront, espère Danielle Ouellet, de mieux saisir les relations des chercheurs avec les médias. «Nous visons à identifier leurs difficultés, leurs motivations à communiquer ou pas avec les médias. Nous voulons aussi voir les liens qu'ils entretiennent avec les journalistes, relationnistes, directeurs de communications, etc.» À terme, des recommandations seront proposées pour améliorer l'impact de la diffusion de la recherche universitaire aux organismes subventionnaires, aux chercheurs et aux directeurs de programmes et de recherche.

Deux étudiantes à la maîtrise travaillent à cette étude. Une autre, dans le cadre de son doctorat, participe à l'élaboration de la méthodologie qui permettra d'évaluer comment la recherche est traitée dans les médias et atteint ou pas les décideurs et le grand public.

Première diplômée aux cycles supérieurs en mathématiques de l'Université Laval, enseignante, historienne des sciences et communicatrice, Danielle Ouellet fut notamment directrice et rédactrice de la revue Découvrir. Elle est l'une des 14 pionnières en sciences au Québec célébrées en septembre dernier par la Ville de Québec, dans le cadre de son 400e anniversaire.

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