Partenariats Nord-Sud : l'art du compromis

10 Novembre 2008 à 0H00

Pour sa thèse de doctorat en administration, Olga Navarro-Florès a choisi un sujet considéré comme atypique dans cette discipline. Intitulée «Les relations de partenariat Nord-Sud : du paradoxe au compromis», sa thèse porte sur la façon dont des organisations québécoises de coopération internationale (OCI) en économie sociale et solidaire et des organisations non gouvernementales (ONG) du Guatemala ont réussi à construire un rapport de partenariat. Cette recherche lui a permis d'obtenir le prix de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) - d'une valeur de 10 000 $ - pour la meilleure thèse de doctorat. Les prix de l'IRÉC, organisme indépendant voué à la promotion de la recherche, comptent parmi les plus importants prix scientifiques remis chaque année au Québec.

Originaire du Costa Rica, Olga Navarro-Florès a travaillé plus de 20 ans dans le monde de la coopération internationale, d'abord dans son pays natal, puis dans d'autres régions d'Amérique centrale. Par la suite, elle fut consultante et agente de développement au Canada. «Mes expériences de terrain m'ont permis de mieux comprendre les contraintes politiques, financières et organisationnelles auxquelles sont confrontés non seulement les organisations locales dans les pays en développement, mais aussi les organismes de coopération des pays du Nord», dit-elle.

Rapports de pouvoir inégaux

La chercheuse identifie trois grandes périodes dans l'histoire de la coopération internationale. Dans les années 1960, les décideurs de l'aide au développement imposent leurs recettes aux pays du Sud. Puis, au cours des décennies 70 et 80, la collaboration et l'ouverture aux apprentissages mutuels succèdent aux relations asymétriques. Enfin, depuis les années 90, les échanges de savoirs et de savoir-faire se font plus nombreux et la notion de partenariat apparaît. Selon Mme Navarro-Florès, «la rhétorique égalitariste rattachée à la notion de partenariat ne peut faire oublier l'existence de rapports de pouvoir inégaux entre le Nord et le Sud.» Ce paradoxe, dit-elle, traduit en fait un compromis entre les acteurs du Nord et du Sud qui négocient les termes de leur coopération, tout en reconnaissant le caractère inégal des rapports de pouvoir.

Ainsi, en matière d'aide au développement, ce sont les gouvernements des pays du Nord qui ont le pouvoir de décider des priorités et d'accepter ou non de financer tel projet. «Cela dit, les OCI, comme Développement et Paix par exemple, disposent tout de même d'une marge de manœuvre, observe la chercheuse. La qualité des relations qu'elles établissent avec leurs partenaires du Sud leur confère une légitimité, ainsi qu'une crédibilité, et elles peuvent interpréter les politiques gouvernementales en fonction de leur propre vision du développement.»

Une relation de confiance

Dans leurs relations, les acteurs du Nord et du Sud créent de plus en plus des mécanismes d'arbitrage et de partage du pouvoir, comme l'ont fait les organisations québécoises et guatémaltèques qui sont parvenues à construire des liens de confiance et de solidarité, souligne Mme Navarro-Florès. «Les OCI québécoises ont dû céder un peu de leur pouvoir pour que le dialogue puisse s'établir. Quant aux ONG du Guatemala, elles ne pouvaient pas se contenter de réclamer de l'argent. Elles aussi devaient respecter des règles d'imputabilité, de bonne gouvernance et de transparence, tant à l'égard de leurs bailleurs de fonds, qu'à l'endroit des communautés locales - groupes de femmes, paysans sans terre, organismes communautaires - avec lesquelles elles travaillaient.»

Aujourd'hui, les ONG du Sud ne se perçoivent plus comme des victimes et sont capables de défendre des projets novateurs face aux bailleurs de fonds, souligne Mme Navarro-Florès. «Elles disent à leurs partenaires du Nord : nous avons besoin de vos ressources, mais nous possédons aussi une expertise et comprenons les besoins des populations locales. Alors travaillons ensemble!»

La thèse d'Olga Navarro-Florès sera bientôt publiée aux Presses de l'Université du Québec. Entre temps, la chercheuse a obtenu un poste de professeur régulier au Département de management et technologie et demeure associée à la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable. «J'entreprends une nouvelle carrière de professeure-chercheuse, mais je n'abandonnerai pas la coopération internationale. Je ne veux pas être un prof déconnecté de la réalité du terrain», conclut-elle.

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