Pour le dialogue entre science et société

8 Décembre 2008 à 0H00

Selon une majorité de scientifiques québécois, il n'y a pas de crise de confiance de la société envers la science. Près de la moitié des chercheurs participent à des activités de diffusion de la science, mais considèrent que leurs institutions accordent bien peu d'appui et de reconnaissance à leur travail de vulgarisation. Les scientifiques considèrent également que la société civile a son mot à dire sur les grandes orientations de la recherche, trouvent acceptable que les citoyens prennent des moyens légitimes pour faire valoir leurs critiques, et affirment se préoccuper des attentes de la société.

Ces données proviennent d'une enquête réalisée le printemps dernier auprès de la communauté scientifique québécoise, sous la direction du professeur Yves Gingras, du Département d'histoire, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l'histoire et la sociologie des sciences. Les résultats de cette enquête, et ceux d'un sondage effectué auprès des citoyens, ont été présentés récemment lors de la Grande Rencontre Science et Société organisée par l'Association canadienne française pour l'avancement des sciences (ACFAS), en collaboration avec l'Institut du nouveau monde.

«Au moment où l'on parle de l'importance de l'implication sociale des scientifiques et d'une société de plus en plus dépendante des avancées de la science, l'ACFAS, porte-parole des scientifiques québécois, voulait tracer un portrait global des relations entre le milieu de la recherche au Québec et les citoyens», explique Yves Gingras. Celui-ci tient à préciser que les enquêtes portaient sur des perceptions, celles concernant la place et le rôle des chercheurs et des citoyens face à la science.

Rejoindre d'abord ses pairs

Les données révèlent que les scientifiques désirent d'abord rejoindre leurs pairs, avant le grand public. Cette attitude est tout à fait normale quand on sait que le milieu académique accorde plus d'importance aux communications avec d'autres chercheurs, lesquels ont un langage commun et une compréhension similaire de la méthode et des enjeux scientifiques. «Pour les chercheurs, il est clair que s'investir davantage dans la diffusion des résultats de leurs travaux doit d'abord profiter à leurs recherches», souligne l'historien.

Cela dit, plusieurs chercheurs sont sensibles au besoin de vulgariser la recherche. Ainsi, 46 % des scientifiques disent avoir donné des conférences hors du milieu académique et le tiers ont accordé des entrevues aux médias. Ils seraient prêts à en faire davantage, reconnaissent-ils, s'ils pouvaient compter sur des incitatifs concrets, financiers notamment, ainsi que sur des possibilités de développer des contacts pour de nouvelles recherches.

Collaborer avec les entreprises

La plupart des chercheurs affirment se soucier des conséquences de leur travail pour la société. Ils accordent, par ailleurs, un appui globalement positif à l'idée d'une science ou d'une expertise citoyenne.

De façon générale, les scientifiques sont favorables aux collaborations avec les entreprises privées (68 % et plus) et les organismes sans but lucratif (82 % et plus). En revanche, plus de 80 % d'entre eux rejettent l'idée que ces entreprises et organismes puissent bénéficier de façon exclusive de recherches principalement financées par des fonds publics. La recherche désintéressée, quant à elle, recueille un appui quasi unanime, les chercheurs estimant qu'il faut développer les recherches scientifiques même en ne sachant pas si elles auront des retombées pratiques immédiates.

Pour Yves Gingras, les résultats des enquêtes indiquent que les chercheurs ont raison de croire que les citoyens leur font confiance. «La population, parce qu'elle est plus instruite et mieux informée, est en général beaucoup plus critique envers la science et les chercheurs qu'auparavant. Cela ne signifie pas, toutefois, qu'elle remet en cause la pertinence des activités scientifiques», conclut-il.

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