Prix Gérard-Morisset

24 Novembre 2008 à 0H00

Homme discret et modeste, le professeur Laurier Lacroix, du Département d'histoire de l'art, se dit heureux d'avoir reçu le prestigieux Prix Gérard-Morisset, l'un des onze Prix du Québec décernés chaque année par le Gouvernement québécois pour souligner une carrière remarquable dans les domaines culturel et scientifique. Mais le professeur aurait aimé partager cet honneur avec tous ceux, collègues et étudiants, qui ont collaboré à ses recherches au cours des 30 dernières années.

Selon l'historien, les œuvres des artistes québécois du XIXe et du début du XXe siècle permettent de comprendre ce que nous sommes et d'où nous venons. Son intérêt pour cette période, il l'explique en partie par ses origines. «Je viens d'un milieu rural où la culture visuelle religieuse était très importante, ce qui m'a permis de la comprendre de l'intérieur», dit-il.

Revisiter l'art en Nouvelle-France

Quand Laurier Lacroix fait ses études de maîtrise et de doctorat, au début des années 1970, la formation universitaire accordait beaucoup d'importance à l'art moderne et contemporain, reléguant aux oubliettes des peintres figuratifs comme Ozias Leduc et Suzor-Coté. «Aujourd'hui, nous sommes moins en rupture avec la dimension religieuse de notre identité et reconnaissons la valeur patrimoniale de ses symboles artistiques et esthétiques, souligne le chercheur. À preuve, j'ai donné récemment, pour la première fois, une conférence publique sur ma thèse de doctorat qui, à l'époque où je l'ai écrite, n'intéressait personne.» Sa thèse portait sur le Fonds Desjardins, un ensemble de 180 tableaux européens importés au Québec au début du XIXe siècle, qui ont incarné les débuts de la tradition de la peinture religieuse au Québec. «Ces œuvres ont enrichi l'imaginaire des artistes d'ici qui se sont approprié ce patrimoine, pour ensuite signer des œuvres personnelles», explique le professeur.

Laurier Lacroix a amorcé sa carrière de professeur à l'Université Concordia, en 1976, puis a joint les rangs de l'UQAM en 1988. Ses recherches ont surtout porté sur l'art au Québec et au Canada avant 1930. Parmi ses réalisations les plus marquantes, lesquelles ont permis de rendre le patrimoine artistique québécois plus accessible, notons les expositions et catalogues François Baillargé, Peindre à Montréal entre 1915 et 1930, et les importantes rétrospectives consacrées à Ozias Leduc et Suzor-Coté, précurseurs de la modernité culturelle au Québec.

Le professeur dirige actuellement une vaste recherche sur l'art en Nouvelle-France, aux XVIIe et XVIIIe siècles, période sur laquelle il ne s'est rien publié depuis 1976. «Je veux documenter la culture artistique visuelle en Nouvelle-France, tout ce qui a été importé et produit localement.» Lui et ses étudiants travaillent à dépouiller les témoignages de l'époque - commentaires, récits de voyage, journaux - pour saisir le rapport que les gens établissaient avec les œuvres, ce qu'ils en pensaient et comment ils s'en servaient. Deux thèses de doctorat et deux mémoires de maîtrise sont en voie de réalisation dans le cadre de cette étude.

Praticien plutôt que théoricien

Laurier Lacroix a aussi abordé certains aspects de l'art contemporain. «Les œuvres contemporaines qui m'intéressent sont celles qui s'inscrivent dans la tradition du dessin ou de la peinture, modes d'expression que je connais le mieux, précise-t-il. D'ailleurs, depuis le milieu des années 80, on observe un renouveau de la peinture et un retour à la figuration.»

Quant à l'essor actuel des arts technologiques et médiatiques, le professeur ne croit pas qu'il remet en cause la place de la peinture et du dessin. «Les œuvres médiatiques ont souvent un caractère exploratoire et témoignent de la prolifération des images. On verra lesquelles parviendront à s'imposer et auront encore une résonnance dans 40 ans. Chose certaine, l'histoire de l'art permet de donner aux jeunes des clés pour les comprendre et les interpréter.»

Laurier Lacroix considère que l'histoire de l'art, après avoir intégré les apports des autres disciplines en sciences humaines - sociologie, sémiologie, anthropologie, psychanalyse - tend maintenant à se recentrer sur les œuvres elles-mêmes. «Personnellement, j'ai besoin d'avoir un contact concret avec les œuvres, de comprendre ce qu'elles me disent, de connaître le contexte dans lequel elles naissent, ainsi que les conditions dans lesquelles les artistes travaillent. Au fond, je suis davantage un praticien qu'un théoricien.»

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