Redécouvrir Jean-Jacques Rousseau... le musicien!

27 Octobre 2008 à 0H00

Claude Dauphin, musicologue et professeur au Département de musique, a passé plus de dix ans de sa vie à concevoir et à diriger une édition critique du Dictionnaire de musique du philosophe Jean-Jacques Rousseau, qui vient de paraître chez Peter Lang. L'importance de cet ouvrage pour le domaine musical est comparable, dit-on, à celle de l'Émile pour l'éducation ou du Contrat social pour les sciences politiques et sociales. Le professeur s'est adjoint, pour réaliser cette publication, une équipe de musicologues et de spécialistes du XVIIIe siècle, composée de Raymond Court, Yves Jaffrès, Michael O'Dea, Daniel Paquette et Pierre Saby. Il s'est également assuré le concours de plusieurs équipes d'assistants du Département de musique, grâce à des subventions du CRSH et de l'ancien FCAR.

Inventeur du mélodrame

«Lorsque Rousseau est invité à collaborer à l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, en 1749, c'est à titre de musicien, de théoricien et d'historien de la musique, car il n'était pas encore connu comme philosophe», rappelle Claude Dauphin. Bien que Rousseau n'ait pas été un grand musicien, certainement pas de l'envergure de son contemporain Rameau, ses oeuvres ont eu un véritable impact sur l'évolution du style musical français. Par exemple, dans Pygmalion, premier opéra où les chanteurs parlent, il invente un nouveau style, qu'on nommera plus tard mélodrame, utilisé notamment par Mozart et Beethoven. «Ce qui m'intéresse, chez Rousseau, dit M. Dauphin, ce n'est pas le compositeur, mais l'esthète, c'est-à-dire celui qui étudie le style français et qui explique pourquoi l'époque de sa gloire est terminée.» En effet, Rousseau condamnait la musique française et vantait les grandes qualités des musiques italienne et allemande. Il s'opposait tout particulièrement à la musique de Rameau, pensée pour les fastes du palais de Versailles.

De Bach à Beethoven

L'ouvrage de Claude Dauphin, s'adresse principalement aux musicologues. Il fait apparaître les grands thèmes du conflit esthétique qui oppose Rousseau et Rameau en présentant et en commentant les textes des deux théoriciens de la musique. Le livre met aussi en parallèle les textes du Dictionnaire de Rousseau et les articles qu'il a écrits pour l'Encyclopédie de Diderot. «Il a rédigé ces articles en 1749. Il les reprend, les transforme et les augmente pour donner ce dictionnaire qui paraît en 1768. Donc, 20 ans environ séparent les deux publications, qui correspondent au passage du style baroque (mort de Bach, 1750) au style classique (naissance de Beethoven, 1770).» Pendant cette période charnière, les concepts en musique évoluent énormément et il est intéressant de comparer les définitions de certains mots. «Ce qu'était une sonate en 1749, n'est plus du tout la même chose en 1768, même chose pour une symphonie, et ainsi de suite», explique M. Dauphin.

Pour faciliter la compréhension du lecteur, Claude Dauphin a accompli un magnifique travail d'édition. À la fin de l'ouvrage, des planches originellement conçues pour l'Encyclopédie de Diderot ont été pour la première fois recomposées pour le dictionnaire. On y retrouve également des notices sur les noms propres cités par Rousseau.

Claude Dauphin séjournera quatre mois en Europe, où il fera la promotion de son ouvrage, dont le lancement aura lieu à la fin novembre à l'Université de Valencia, en Espagne. Il en profitera aussi pour poursuivre ses recherches sur un nouveau projet de livre sur la musique caribéenne.

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