Rétrospective à New York

24 Novembre 2008 à 0H00

Il crée des images oniriques, peuplées de créatures hybrides aux formes à la fois humaines, animales et mécaniques. Les illustrations de Pol Turgeon, chargé de cours à l'École de design qui fait carrière depuis 30 ans en Amérique du Nord et en Europe, ont mérité plus d'une centaine de prix à travers le monde et se retrouvent dans plusieurs prestigieux répertoires de design. Du 4 au 31 décembre prochains, la Society of Illustrators présentera une importante rétrospective de son travail au Museum of Illustration, à New York. Pol Turgeon est le premier illustrateur québécois à exposer en solo dans ce musée réputé.

La rétrospective réunira plus de 140 oeuvres, allant de la commande au projet personnel, soit des illustrations originales, des objets-illustrations, dont deux prototypes de jouets-sculptures, et plusieurs croquis préparatoires.

Même s'il remporte chaque année des prix au Concours Lux, qui récompense les meilleures réalisations visuelles dans les domaines de la photographie et de l'illustration au Québec, Pol Turgeon est davantage connu aux États-Unis et en Europe. «Mon univers est surréaliste et ne correspond pas aux standards habituels de la production, explique-t-il. Dans un petit marché comme celui du Québec, les gens ont peut-être tendance à préférer des illustrations plus conventionnelles.»

Ne pas s'imposer de barrières

Le travail de ce capteur d'images est diversifié, voire éclectique. Il conçoit des illustrations pour le monde de la publicité (Volvo, Sony), de l'édition (couvertures de livres et de magazines) et du spectacle (affiches, conception visuelle). Ce sont souvent des oeuvres de commande pour un client qui a des attentes particulières et un produit à vendre. «Pendant longtemps, les oeuvres de commande représentaient 80 % de ma production, dit Pol Turgeon. Mais, depuis quelques années, je m'aventure davantage hors des sentiers commerciaux et consacre plus d'énergie à des créations personnelles.» C'est pourquoi il a conçu récemment un environnement visuel pour le spectacle de danse La Quarantaine 4x4, produit par la compagnie Danse Cité. C'est ce type de projet créatif qui retient désormais son attention.

Pol Turgeon reconnaît qu'il a des obsessions visuelles, comme plusieurs autres artistes d'ailleurs. Plutôt que de reproduire la réalité, il préfère créer des mondes imaginaires où se côtoient la beauté, l'étrangeté et la magie. «Peut-être qu'un psychanalyste verrait un fil conducteur dans l'ensemble de mon travail, dit-il en riant. Pour ma part, j'essaie de ne pas m'imposer de barrières rationnelles pour laisser le pouvoir amoral de l'inconscient s'exprimer librement.» Dans la préface de l'ouvrage Au seuil de l'oeil, recueil d'illustrations de Pol Turgeon, publié en 2005, son ami W.A. Dwight Smith parlait de son travail en ces termes : «Il parvient à transformer le sujet le plus trivial en un véhicule d'expression des aspects les plus profonds de la psyché. Cette approche donne à ses images une pluralité de sens pointant vers le sujet principal, mais évoquant simultanément des messages bien plus profonds et provocateurs.»

Un métier peu reconnu

Selon Pol Turgeon, l'illustration est beaucoup moins narrative qu'il y a 20 ans et la liberté du geste y est plus grande. «Plus éclatée, elle se nourrit du travail des artistes contemporains, comme Jean-Michel Basquiat et Keith Haring», souligne-t-il. Il observe, toutefois, que le métier d'illustrateur n'est pas toujours reconnu à sa juste valeur. «Certaines galeries d'art manifestent encore du snobisme à l'endroit des illustrateurs parce qu'ils proviennent du monde commercial. Contrairement aux tableaux, confinés aux salles de musées et de galeries, les illustrations font partie de notre vie quotidienne. Malheureusement, peu de gens connaissent les noms de leurs auteurs.»

Chargé de cours à l'UQAM depuis 1995, Pol Turgeon dit aimer enseigner encore plus qu'avant. «Être dans une classe avec des étudiants, ça m'allume, confie-t-il. Au début, je pensais pouvoir transformer la vision de mes étudiants après un ou deux cours. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus modeste, détendu et en maîtrise de mes outils.»

À ceux qui lui demandent quelles sont les qualités que doit posséder un bon illustrateur, Pol Turgeon répond : «une signature personnelle, un discours articulé sur son propre travail pour pouvoir le défendre auprès de divers clients et, enfin, beaucoup de débrouillardise.»

CATÉGORIES
PARTAGER