Silence, on tourne... à l'UQAM

7 Janvier 2008 à 0H00

En octobre dernier, une manifestation étudiante, rue Saint-Denis, a tourné à l'affrontement avec les policiers qui ont dû utiliser des gaz lacrymogènes. Vous n'en avez pas entendu parler? Normal, puisqu'il s'agissait de l'une des scènes de Comme une flamme, le prochain film du réalisateur Sébastien Rose. Bon an mal an, une quinzaine de productions de toutes sortes louent des espaces intérieurs ou extérieurs de l'UQAM pour y tourner quelques scènes ou pour y prendre quelques clichés.

Depuis un an et demi, Loto-Québec, Fido et Z Télé ont tourné des publicités à l'UQAM, tandis que le journal Voir, la maison Simons et Adidas y ont effectué des séances photos. Les séries télévisées Les Boys, C.A., Star Académie, René Lévesque II et Légendes urbaines sont également venues à l'UQAM pour y tourner une ou plusieurs scènes. «Les productions les plus complexes et les plus accaparantes demeurent cependant les longs métrages», affirme Claude Roussy, technicien en services immobiliers au Service des immeubles et de l'équipement (SIE).

«Les trois quarts des demandes de location proviennent de productions québécoises et le reste des États-Unis», précise M. Roussy, qui reçoit les appels des régisseurs de plateaux et qui avoue refuser autant de demandes qu'il en accepte, faute de temps à y consacrer. Lors de la dernière année, l'UQAM a loué des espaces aux productions cinématographiques québécoises Surviving my mother, Borderline et Comme une flamme, de même qu'aux productions américaines Journey 3-D et The Punisher: War Zone.

Le tournage de Comme une flamme, dont l'histoire se déroule dans une université et met en scène un professeur et un leader étudiant, notamment, a été particulièrement intense. «L'équipe de tournage a été sur les lieux durant cinq fins de semaine. Il y avait environ 25 plateaux de tournage, dont un sur le toit et un autre dans le clocher du Judith-Jasmin», raconte M. Roussy, qui doit s'assurer du bon déroulement des opérations. La fumée dégagée par les (faux) gaz lacrymogènes lors de la (fausse) manifestation, par exemple, pouvait réellement être aspirée par la prise d'air frais de l'UQAM, aux abords de la rue Saint-Denis, et déclencher les détecteurs de fumée. Il a donc fallu qu'un technicien intervienne, le temps de tourner la scène.

Plusieurs travailleurs de l'UQAM - électriciens, agents de sécurité et techniciens de la salle de contrôle, entre autres - sont à l'oeuvre lorsqu'une équipe de production investit les lieux. «Puisque les tournages ont habituellement lieu les week-ends, le salaire des employés de l'UQAM est facturé à l'équipe de production», précise M. Roussy. Éclairage à modifier, ventilation à couper, alarme-incendie à désactiver? «Tout ce qui touche le matériel de l'Université est pris en charge par nos spécialistes», ajoute-t-il.

Modifier le décor

Chaque équipe cinématographique possède toutefois son personnel qualifié pour repeindre des murs entiers ou les défoncer (!), remplacer des portes, accrocher de nouveaux luminaires, etc. Plus la production est importante, plus les demandes de modifications de «décors» sont nombreuses. Le film d'action américain The Punisher: War Zone, par exemple, était en tournage en novembre et décembre derniers à l'édifice Saint-Sulpice. Deux semaines et demie d'installation ont été nécessaires pour transformer les lieux en poste de police new-yorkais. «Nous avons référé leurs demandes au ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, raconte M. Roussy, puisque l'édifice est classé patrimonial. Le ministère en a accepté quelques-unes et en a rejeté d'autres. Évidemment, l'équipe de production s'était engagée à tout remettre comme c'était à leur arrivée, et nous avons surveillé les travaux de près. Tout ça, pour deux jours de tournage!»

La demande la plus abracadabrante dont il a été témoin provenait d'une parodie américaine de James Bond. L'équipe de production voulait faire du hall du pavillon Sherbrooke - endroit très prisé pour les tournages - un musée avec des voitures des années 60. Un personnage devait voler l'une des voitures, défoncer les (fausses) portes du pavillon, plonger dans les escaliers et atterrir sur la rue Sherbrooke. «Nous n'aurions eu aucune objection, mais la Ville de Montréal a refusé d'autoriser la fermeture de la rue Sherbrooke», raconte-t-il.

Des revenus en surplus

Pour la dernière année, M. Roussy estime à environ 250 000 $ les revenus de location provenant des tournages. Ces revenus ne vont pas uniquement au SIE, mais également aux départements, services et unités, selon les dérangements occasionnés. L'argent qui demeure au SIE est réinvesti dans des projets d'amélioration des espaces publics de l'UQAM. «Par exemple, nous avons financé de meilleurs branchements électriques extérieurs, nous avons rénové la salle D-R200, et fait des travaux d'horticulture au Complexe des sciences Pierre- Dansereau, souligne-t-il. Ce sont des travaux que nous n'aurions pas pu faire sans ces revenus.»

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