Un loup dans la porcherie

19 Août 2008 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

En Chine, point de politique de contrôle des naissances pour les cochons. Le pays compte 500 millions de porcs et aimerait voir ce chiffre doubler d'ici quelques années. Mais la nature ne l'entend pas ainsi. Depuis deux ans, la «maladie porcine de l'oreille bleue» se répand comme un feu de paille dans les porcheries. Des dizaines de milliers de bêtes auraient succombé au virus, selon les autorités chinoises. La presse occidentale parle plutôt de dizaines de millions et évoque le risque d'une pandémie mondiale. La solution? Elle pourrait se trouver chez Noveko International, une firme de Terrebonne fondée et dirigée par André Leroux (B.A.A., 76).

Dans son modeste bureau situé en bordure de l'autoroute 640, l'homme d'affaires tient au bout de ses bras de grandes toiles fibreuses. «L'air qui passe à travers un filtre comme celui-ci est purgé de ses contaminants, dit-il fièrement. Le matériau ne se contente pas de retenir les particules indésirables. Il tue plus de 99,9 % des bactéries et virus qui le traversent.» En équipant les porcheries de ces filtres, l'air à l'entrée des bâtiments serait débarrassé de tout agent pathogène.

Il n'y a pas que les cochons qui profiteront des innovations de Noveko. L'entreprise a obtenu le feu vert de la Food and Drug Administration (FDA), aux États-Unis, pour fabriquer des masques chirurgicaux à partir de son matériau antimicrobien. «Les masques traditionnels ne retiennent que 95 % des bactéries et 60 % des virus, précise-t-il. On est de loin plus performant.» Pour monsieur et madame tout-le-monde, Noveko produit également un gel biocide pour les mains. Disponible en pharmacie, Azuro serait plus efficace que les produits compétiteurs pour éliminer les microbes.

L'entrepreneur, qui a passé la majeure partie de sa vie professionnelle dans le milieu de l'industrie lourde, était encore étudiant au baccalauréat à l'UQAM quand il a commencé à travailler pour la compagnie familiale, Acier Leroux, en 1974. À l'époque, l'entreprise enregistrait un chiffre de ventes de 2 millions de dollars et comptait une douzaine d'employés. «Mon père n'avait pas les moyens de m'embaucher. Il a accepté de me prendre comme vendeur, à condition que je fasse croître l'entreprise suffisamment pour assurer mon salaire.» Message reçu! André Leroux est vite devenu un jeune loup du monde des affaires. Quand il a vendu ses parts de l'entreprise, en 1999, le chiffre de ventes d'Acier Leroux avait franchi le cap des 600 millions de dollars et la compagnie comptait 26 établissements en Amérique du Nord.

Retraité à 47 ans, plusieurs fois millionnaire, le gestionnaire n'était pas prêt à astiquer ses bâtons de golf. Il a investi son argent dans plusieurs entreprises, dont Alliance médicale, qui allait devenir Noveko. «La firme misait alors sur la commercialisation d'appareils d'échographie portatifs», raconte-t-il. André Leroux a restructuré l'affaire et confié la vente des échographes à une nouvelle filiale qu'il a créée en France. Puis, il s'est lancé dans la fabrication des filtres et des masques grâce à un brevet obtenu d'un ancien client d'Acier Leroux. «Ce client a mis la technologie au point un peu par accident, explique l'entrepreneur. Il cherchait à développer une table d'aspiration équipée d'un filtre pour éviter à ses employés de respirer des poussières d'acier. Un matériau filtrant qu'il a mis à l'épreuve s'est avéré révolutionnaire.»

Les microbes n'ont qu'à bien se ternir. Noveko a conclu l'automne dernier une entente avec Médi-Sélect, un distributeur de fournitures médicales qui s'occupera de la mise en marché du masque en Amérique de Nord. En janvier dernier, André Leroux s'est rendu à Dubaï, pour signer une entente similaire visant la distribution du produit au Moyen-Orient. Avant Dubaï, toutefois, il s'est payé un petit détour par la Chine. «Dans la province d'Anhui, les filtres de Noveko ont été installés sur quelques porcheries, raconte-t-il. Les résultats sont concluants et on s'apprête à signer une entente pour équiper toutes les porcheries de la région. On voit très grand. Éventuellement, on aimerait rejoindre les 120 000 producteurs de porcs du pays.» En attendant, les cochons retiennent leur souffle.

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