Yoga et cancer du sein

10 Novembre 2008 à 0H00

En 1999, quelques jours après son 40e anniversaire, Dominique Lanctôt apprend qu'elle souffre d'un cancer du sein. Alors qu'elle cherche un réconfort pour mieux affronter les traitements de chimiothérapie et de radiothérapie, elle fait la connaissance d'un sage originaire de l'Inde, Madan Bali. Aujourd'hui âgé de 84 ans, ce dernier a développé sa propre méthode de yoga et a déjà aidé plusieurs femmes à traverser l'épreuve du cancer du sein. Dominique Lanctôt retire de tels bienfaits de son expérience qu'elle décide d'abandonner sa pratique de psychologue pour faire partager ses découvertes aux femmes atteintes du cancer du sein.

«En 2004, Dominique s'est inscrite au doctorat en psychologie et elle m'a dit vouloir mesurer scientifiquement l'efficacité de la méthode Bali chez les personnes subissant des traitements de chimiothérapie du cancer du sein», raconte le professeur de psychologie Gilles Dupuis, qui dirige la thèse de la doctorante.

L'étude est menée depuis octobre 2007 auprès d'une centaine de femmes qui ont subi une chirurgie partielle du sein ou qui suivent une chimiothérapie. Elles proviennent de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, de l'Hôpital Pierre- Boucher, du CHUM et de la Cité de la santé de Laval. Les docteurs Pierre Dubé de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont et Ginette Martin du CHUM participent à cette étude commanditée en partie par la Fondation du cancer du sein du Québec. Gilles Dupuis a fait une demande de subvention pour pouvoir poursuivre cette recherche et l'étendre, pour fins de comparaison, aux femmes ayant subi une mastectomie totale. Cette étude comparative sera réalisée par l'étudiante Annélie Ansestin dans le cadre de son doctorat.

Les patientes participent à huit sessions de yoga, une fois par semaine, en petits groupes, pour une durée de 90 minutes. Entre chaque session, elles peuvent continuer à s'entraîner à la maison à l'aide d'un DVD. Leur qualité de vie et leur état de santé physique et psychologique sont évalués à l'aide de questionnaires avant et après l'expérience.

La méthode Bali

Gilles Dupuis a entrepris une formation auprès du maître de la méthode Bali dans son centre de yoga, à Montréal. «Ce qui distingue la méthode Bali des autres méthodes de yoga, c'est d'abord le lien qu'elle établit entre le cerveau, l'esprit et le corps, explique Gilles Dupuis. Nos pensées et nos émotions influencent nos réactions physiologiques.» Par des exercices, les femmes sont amenées à développer des pensées positives qui les aident à reprendre le contrôle de leur corps et à mieux gérer le stress qui provient de la maladie et des traitements.

«L'autre aspect distinctif de la méthode, poursuit le professeur, c'est qu'il n'est pas important d'exécuter parfaitement les postures de yoga. Les exercices doivent être faits dans le respect des limites du corps.» La méthode offre aussi des exercices spécifiques pour les femmes atteintes du cancer du sein. «Par exemple, après l'ablation des ganglions lymphatiques, les exercices peuvent aider à redonner de la souplesse au bras opéré», mentionne Gilles Dupuis.

Le professeur pratique quotidiennement le yoga selon la méthode Bali. «C'est toujours utile d'avoir un tel savoir pour affronter les stress quotidiens. J'aimerais aussi développer un cours pour sensibiliser les étudiants à l'importance du lien corps-esprit».

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Quelques statistiques

  • Le cancer du sein est le cancer le plus souvent diagnostiqué chez les femmes canadiennes. En 2008, on estime à 22 400 le nombre de femmes qui recevront un diagnostic de cancer du sein (5 900 au Québec), et à 5 300 le nombre de celles qui en mourront (1 350 au Québec).
     
  • Une femme sur 9 risque de développer un cancer du sein au cours de sa vie et une sur 28 d'en mourir.
     
  • Depuis 1999, le taux d'incidence du cancer du sein a connu une baisse considérable, soit 1,7 % par an en moyenne. Le taux de mortalité attribuable au cancer du sein a chuté de plus de 25 % depuis 1986.
     
  • Au Canada, les femmes qui ont reçu un diagnostic de cancer du sein entre 2001 et 2003 ont 87 % de chances de vivre cinq ans ou plus.
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