Yokoo Tadanori, un affichiste de génie

31 Mars 2008 à 0H00

On le considère depuis les années 60 comme le maître du pop art japonais. Avec Ikko Tanaka, Yokoo Tadanori est reconnu internationalement comme l'un des deux plus grands affichistes japonais. Mais alors que le premier est apprécié pour son graphisme épuré, s'inscrivant dans la tradition de l'esthétique japonaise classique, Yokoo Tadanori se distingue par l'aspect baroque et excessif de ses créations. «Il pioche joyeusement dans tous les styles et toutes les tendances», dit Marc Choko, directeur du Centre de design.

La mise en espace très sobre de Georges Labrecque, chargé de projets d'expositions au Centre, leur donne toute la place. Grâce au soutien de la Japan Foundation de Toronto, qui a prêté sa collection, le Centre présente jusqu'au 13 avril prochain l'exposition Yokoo Tadanori, affichiste. Plus de 70 affiches d'expositions, de théâtre, de cinéma et de promotion de divers lieux et événements forment un ensemble extrêmement riche et coloré. De l'art psychédélique en passant par la bande dessinée, le surréalisme et la gravure traditionnelle japonaise, elles traduisent la multiplicité des sources d'inspiration du créateur.

Cinq affiches anciennes

Alors que la majeure partie de l'exposition est consacrée à la production récente du designer, soit des années 90 à nos jours, ce sont cinq affiches anciennes, appartenant à la collection du Centre, qui accueillent le visiteur. «Ces pièces qui datent des années 60 et 70 sont non seulement très connues, mais elles sont essentielles, car elles situent le style unique de Yokoo Tadanori sur la scène internationale», explique Marc Choko.

Dès cette époque, le créateur rebelle est remarqué, au point que le Musée d'art moderne de New York lui consacre une exposition solo en 1972. Même s'il fait carrière au Japon, l'affichiste voit ses oeuvres présentées dans les plus importants musées et les biennales les plus prestigieuses à travers le monde. Dans les années 80, Yokoo Tadanori se consacre à la peinture et son style intègre des influences de Chagall, Soutine et Picasso qui vont se retrouver dans sa production graphique à partir des années 90.

«Réunir autant d'éléments disparates dans une affiche, ça peut facilement mener à un certain désordre dans la composition, observe le professeur de design. Mais le génie de Tadanori, c'est justement d'intégrer tout cela, autant la photo, la typo, le dessin par ordinateur que la peinture ou le collage. Et cela fonctionne. Il a vraiment une signature. On voit une affiche de Yokoo Tadanori, et on sait que c'est de lui.»

Marc Choko cède la barre

Cette exposition consacrée à l'affichiste nippon sera le dernier événement d'envergure à se tenir au Centre de design de l'UQAM sous la gouverne de Marc Choko. En effet, le professeur cède la barre en juin à sa collègue Angela Grauerholz après neuf ans, soit trois mandats, un record dans les annales du Centre. Des années bien remplies : 115 expositions ont été présentées, dont plusieurs ont voyagé sur la scène internationale et locale. «Nos expositions ont été vues en France, en Belgique, en Chine, en Argentine, en Israël, aux États-Unis, mais aussi dans plusieurs maisons de la culture montréalaises, ce qui a permis à des gens qui ne fréquentent pas le Centre de voir du design», précise le professeur.

En tant que directeur du Centre de design, Marc Choko a fait renaître la tradition de commander une affiche et un carton pour chaque exposition, ce qui a permis à plusieurs finissants de l'École de design de faire leurs premières armes sur la scène professionnelle. Il a aussi supervisé la publication de nombreux catalogues et du livre souvenir publié à l'occasion du 25e anniversaire du Centre, en 2006. Ce boulimique de travail a également multiplié les partenariats, que ce soit avec la Ville de Montréal pour le projet Exposer dans l'île, le Festival Montréal en lumière pour la Nuit blanche, le Musée national des beaux-arts du Québec, la Biennale de Saint-Étienne, en France, haut lieu du design d'avantgarde, ou l'organisme flamand Design Vlaanderen, qui a permis de donner une visibilité internationale à l'exposition Québec en design.

«C'était mon but, en arrivant au Centre, de mieux faire connaître et reconnaître le design québécois», affirme son directeur. Mission accomplie.

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