Allô prof : la satisfaction du devoir accompli

15 Novembre 2009 à 23H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Combien de gens ont le privilège de découvrir chaque matin des dizaines de courriels de remerciement pour leur bon travail? C'est le cas de Sandrine Faust, directrice générale d'Allô prof, dont la boîte de courrier électronique est assaillie de messages d'élèves fiers d'avoir réussi leurs examens, leurs devoirs, ou tout simplement d'avoir compris une notion qui leur échappait jusque là. La Faculté des sciences de l'éducation lui décerne son Prix Reconnaissance UQAM 2008 pour son leadership et l'essor qu'elle a fait prendre, au fil des ans, à cet organisme d'aide aux devoirs unique au monde.

«C'est flatteur et gênant à la fois de recevoir un tel prix, car je ne suis pas seule dans cette aventure», confie Sandrine Faust, qui concède cependant qu'elle a travaillé très fort pour faire d'Allô prof une ressource précieuse dans le paysage scolaire québécois. L'organisme répond aux interrogations des élèves de la première année du primaire à la cinquième année du secondaire par le biais de quatre services : le téléphone et la cyberclasse (un espace de clavardage privé entre l'enseignant et l'élève), des forums de discussion et une bibliothèque virtuelle, véritable mine d'or de renseignements.

Une cinquantaine d'enseignants rémunérés travaillent pour Allô prof dans l'un de ses deux centres desservant la province, l'un à Québec et l'autre à Montréal. «Certains font partie de l'aventure depuis 12 ans», souligne Sandrine Faust qui s'attend à recevoir cette année quelque 140 000 demandes d'élèves réclamant un coup de pouce. Une moyenne de 800 demandes par soirée, du lundi au jeudi, de 17 h à 20 h. «Ça roule! s'exclame-t-elle. On ressent une poussée d'adrénaline à chaque appel parce que nous n'avons aucune idée de la question de l'élève. C'est comme un quiz mais nous n'avons pas le droit de nous tromper.»

Un coup de coeur professionnel

Originaire de Sept-Îles, Sandrine Faust a complété deux baccalauréats à l'UQAM, le premier en administration des affaires au début des années 1990. «Je découvrais le centre-ville, j'étais de toutes les associations et de toutes les activités et j'ai terminé mon bac avec une mention d'excellence», dit-elle fièrement.

Diplômée en 1993, elle accepte un emploi à la Caisse centrale Desjardins, qu'elle quitte six mois plus tard pour retourner aux études, toujours à l'UQAM mais cette foisci en adaptation scolaire et sociale, programme qu'elle complète en 1997. Elle enseigne ensuite une année au primaire et une année en maternelle, sans avoir la piqûre. «Je ne suis pas à l'aise dans une classe, où tout doit être réglé au quart de tour», avoue-telle franchement.

Elle préfère nettement mieux son travail à Allô prof, où elle est préposée aux réponses par téléphone quatre soirs par semaine. Après deux mois, elle est nommée coordonnatrice du Centre de Montréal et quatre ans plus tard, directrice générale. «J'ai trouvé le métier qui me passionne, à mi-chemin entre le monde de l'éducation et celui des affaires», affirme-t-elle.

L'ère du Web

L'une des plus belles réussites de Sandrine Faust à titre de directrice générale d'Allô prof est d'avoir habilement négocié le virage Web. «Nous recevons de moins en moins d'appels téléphoniques, explique-t-elle. Ce sont les forums de discussion qui connaissent une popularité fulgurante et nos cyberclasses affichent complet», souligne-t-elle. Une visite sur le site www.alloprof.qc.ca suffit pour constater la convivialité des outils mis à la disposition des jeunes.

Et ce n'est pas tout, car Mme Faust a plusieurs projets en tête. Elle souhaite notamment installer des bornes Allô prof dans une dizaine de services de garde de la Commission scolaire de Montréal, ainsi que dans des hôpitaux pour enfants et des écoles pour élèves en difficulté. Elle aimerait aussi mettre en ligne une version bilingue du site pour desservir la communauté anglophone et conclure une association avec des écoles à vocation internationale pour que leurs meilleurs élèves puissent donner des cyberclasses, sans oublier quelques projets spéciaux avec les communautés immigrantes qui composent 65 % de la clientèle d'Allô prof.

«Nous arrimerons aussi la terminologie employée dans notre bibliothèque virtuelle avec la réforme, ce qui multipliera le nombre de contenus par dix», précise la directrice générale, qui avoue cependant devoir ralentir un peu, le temps de consolider les acquis de l'organisme... et de donner naissance à son deuxième enfant, à la fin juin. Ouf!

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