Défenseur de la veuve et de l'orphelin

6 Avril 2009 à 0H00

Scandale au CHSLD Saint-Charles-Borromée, recours collectif au nom des familles des victimes de la bactérie C. difficile à l'hôpital Honoré-Mercier, mise en lumière du dysfonctionnement du triage et de l'évaluation dans les salles d'urgences du réseau de la santé, toutes ces causes - et bien d'autres - ont été défendues avec brio et portées à la connaissance du grand public par Me Jean-Pierre Ménard. Spécialisé depuis plus de 25 ans en responsabilité médicale, cet avocat passionné obtient le Prix Reconnaissance UQAM 2009 de la Faculté de science politique et de droit.

En choisissant de privilégier le créneau de la responsabilité médicale dès le début de sa carrière, en 1981, Jean-Pierre Ménard s'est inscrit directement dans la lignée philosophique du Département des sciences juridiques de l'UQAM. «À l'époque, il n'était pas question d'une formation nous préparant à être embauchés par les grands bureaux d'avocats, mais plutôt de nous sensibiliser à d'autres types de clientèle, raconte-t-il. J'étais très à l'aise dans cet environnement, car je n'ai jamais voulu servir l'establishment. Je souhaitais développer une pratique citoyenne et un engagement social auprès des gens ordinaires.»

L'illustre carrière de Me Ménard a débuté bien modestement dans un sous-sol du boulevard Saint-Joseph, à Montréal. «La quatrième ou cinquième cause qui a atterri sur mon bureau était celle d'une femme victime d'une stérilisation sans son consentement, se rappelle l'avocat. J'ai immédiatement été frappé par l'inégalité des moyens entre les victimes, souvent sans le sou, et les hôpitaux qui ont le loisir de recourir à une tonne d'experts.»

En 1985, il s'associe à Me Denise Martin et ils fondent Ménard, Martin Avocats. Leur étude légale compte aujourd'hui une quarantaine d'employés, dont 17 avocats possédant tous une maîtrise en droit de la santé. Ils réalisent aujourd'hui plus de 50 % de l'ensemble des poursuites en responsabilité médicale déposées par les victimes, ce qui en fait le plus important cabinet du genre au Canada.

Leurs objectifs sont demeurés les mêmes au fil des ans : favoriser l'accessibilité, la qualité et la sécurité des soins, et offrir une défense aux clientèles vulnérables, celles des personnes âgées, handicapées, psychiatrisées, etc. «Nous n'avons jamais refusé un client qui n'avait pas d'argent si sa cause est bonne. Il y a toujours moyen de s'arranger», souligne Me Ménard, qui dit recevoir entre 10 à 15 appels par jour de la part de victimes du système de santé.

L'avocat n'hésite pas à recourir aux médias, mais «uniquement pour les causes impliquant des problèmes systémiques exigeant des changements dans l'ensemble du réseau de la santé ou dans l'encadrement juridique», précise-t-il en donnant l'exemple du recours collectif concernant la bactérie C. difficile. «Les travailleurs du milieu de la santé me félicitent encore d'avoir attiré l'attention sur les infections nosocomiales. Ils me disent que les niveaux de protection ont augmenté et qu'ils sont davantage sensibilisés à cette problématique.»

Conférencier apprécié dans le milieu de la santé, Jean-Pierre Ménard avoue qu'il est bien accueilli lorsqu'il doit à son tour bénéficier de soins hospitaliers. «Les médecins me disent : Nous allons bien vous soigner car nous avons besoin de vous. Mon métier consiste à promouvoir des soins de qualité et l'immense majorité des travailleurs du secteur de la santé partagent cette vision.»

Le plus noble métier du monde

«Chaque avocat rêve secrètement de défendre la veuve et l'orphelin, déclare sans détour Me Ménard. C'est exactement ce que nous faisons. Nous rendons le monde moins dur pour les plus vulnérables de la société, nous leur redonnons une certaine qualité de vie en ayant un impact sur la qualité des soins. Il s'agit de la plus belle pratique possible pour un avocat!»

Le prix que lui remet la Faculté de science politique et de droit l'encourage à poursuivre son travail. «Je crois que l'on a perçu l'utilité sociale de notre mission», affirme Me Ménard, qui enseigne également en droit de la santé à Sherbrooke et à Montréal. «Certains jouent au golf à ce stade de leur carrière, je préfère enseigner, dit-il en riant. Partager mon savoir avec les jeunes me force à réfléchir sur ma pratique, ce qui me garde à la fine pointe et me stimule intellectuellement.» Son équipe travaille présentement à la réalisation d'un site Internet de plus de 1 200 pages contenant un Guide des droits des usagers du système de la santé. À suivre...

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