L'art rupestre du Nord

23 Février 2009 à 0H00

Depuis 15 ans, Daniel Arsenault, anthropologue et professeur au Département d'histoire de l'art, sillonne le Bouclier canadien à la recherche de formations rocheuses ornées d'art rupestre. «Quand j'ai commencé, seulement cinq sites étaient recensés au Québec, se souvient-il. Il y en a aujourd'hui une vingtaine.» Beaucoup plus nombreux dans les autres provinces canadiennes (l'Ontario en compte plus de 300 et le Manitoba plus de 200), ces sites se trouvent généralement loin des sentiers battus. «En 2005-2006, j'ai répertorié avec des collègues un site à deux heures de route de Manic-5 sur des chemins forestiers, raconte l'anthropologue. Des Innus de la communauté de Betsiamites nous avaient mis sur la piste. Ils se souvenaient qu'ils allaient pêcher et chasser à cet endroit quand ils étaient jeunes.»

Parfois, les sites ne comptent que deux ou trois images peintes sur le roc. Et celles-ci ne sont pas toujours faciles à voir. Usées par le temps et les intempéries, certaines peintures ont tendance à s'effriter. D'autres se résument à quelques traits. Mais à certains endroits, des figures apparaissent clairement sur la falaise. Sur le site Nisula, près de Forestville, on voit deux figures portant des cornes. «Ces motifs font probablement référence à des chamanes, dit l'anthropologue. On pense que certains de ces endroits étaient des sites sacrés où les chamanes se retiraient pour rencontrer les êtres surnaturels qui leur servaient d'intermédiaires avec les esprits.»

Chevaux et armes à feu

Surplombant lacs et rivières, les peintures rupestres du Nord canadien ont pour la plupart été réalisées à l'ocre rouge, dont les gisements sont abondants dans les cours d'eau. Si les peintures du site Nisula sont âgées de 2 000 à 2 200 ans selon des datations au carbone 14, d'autres proviennent d'une époque beaucoup plus récente. «Sur les sites postérieurs à l'arrivée des Blancs, on voit des représentations de chevaux, d'armes à feu, de navires et de forts», mentionne Daniel Arsenault.

Au Québec, tous les sites de peinture rupestre sont localisés au nord de la vallée du Saint-Laurent, sur la Côte-Nord, en Mauricie, en Outaouais, au Témiscamingue ou en Abitibi.

Plus au nord, Daniel Arseneault s'intéresse également aux gravures rupestres du Nunavik. Dans la péninsule d'Ungava, sur l'île de Qikertaaluk, par exemple, se trouve le site de Qajartalik, où l'on a recensé plus de 180 figures humaines, animales ou hybrides gravées dans les rochers. Ces figures, dont certaines ne mesurent que 2 à 3 cm alors que les plus grandes font plus de 70 cm, sont sculptées dans la stéatite (pierre à savon) que les Inuits utilisaient en abondance pour fabriquer récipients, outils et lampes à huile. «On pense qu'il s'agissait peut-être d'une sorte d'échange, dit Daniel Arsenault. En contrepartie de la pierre qu'ils prélevaient, les Inuits auraient gravé des figures pour remercier les esprits du lieu.»

Un protocole pour la préservation

Tous ces sites posent des problèmes de conservation. En collaboration avec les communautés locales, l'anthropologue tente de trouver des solutions. Il travaille également avec des chercheurs canadiens et étrangers, notamment en Australie, à la mise au point d'un protocole scientifique pour la documentation, la conservation et la gestion des sites rupestres dans le monde.

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