Le sort du monde en 13 jours... et 48 heures!

6 Avril 2009 à 0H00

En janvier 2009, 18 étudiants du programme en relations internationales et droit international se sont retrouvés à Belém, au nord du Brésil, pour participer au Forum social mondial. Un séjour qui les a transformés! Entraînés pendant 13 jours par une marée de 120 000 militants altermondialistes, Joëlle Naud, Marie-Claire Dumont, Guillaume Loiselle-Boudreau, Francisco Reina et 14 de leurs collègues de deuxième année ont pu donner libre cours à leurs rêves altruistes et scander leur indignation sans réserve.

Ensemble, ils se sont insurgés contre les inégalités sociales, la violence faite aux femmes et le sort réservé aux autochtones. Ils ont fustigé les compagnies minières canadiennes, les dévastations environnementales et les Monsanto du monde. Ils ont conspué les sommets de Davos, le capitalisme sauvage et les spéculateurs véreux. En qualité de citoyens planétaires, ils ont aussi discuté de leurs expériences avec des activistes du mouvement des Sans-Terres et choisi parmi 2 500 conférences offertes sur place.

Quel ciment avait bien pu lier ces jeunes universitaires? Il semble bien que ce soit un mélange de nobles causes à adopter et d'une grande soif de découvertes. Au secondaire, pendant que Joëlle participait à un échange en Allemagne, Marie-Claude, elle, découvrait la Chine. À 19 ans, Guillaume s'était porté volontaire pour secourir les tortues marines du Mexique dans le cadre d'un projet de coopération international. Francisco, lui, s'était envolé avec Jeunesse Canada Monde pour une expérience d'agriculture biologique au Mali. Il avait alors 20 ans. En plus de former la jeunesse, voilà que les voyages changent le monde, au XXIe siècle.

Mais pour vivre cette expérience unique, il ne suffisait pas de prendre l'avion et de se faire parachuter au-dessus de ce grand bouillonnement révolutionnaire. «On a mis un an à préparer notre voyage, dit Marie-Claire. Nous avons dû monter des campagnes de financement, faire des tonnes de lectures, préparer nos dossiers et établir ce que nous ferions une fois sur place.» Il leur fallait aussi prévoir l'après-forum. Ils avaient convenu avec Raphaël Canet, professeur associé à la Chaire de recherche du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie, qu'à la suite de leur périple au Brésil, ils tiendraient leur propre forum social, rien de moins : 48 heures de colloques et de conférences sur le campus.

Le choc capital

En rentrant au bercail, ils étaient conscients du travail à abattre pour mener à bien leur fameux forum qu'ils ont baptisé Forum Social UQAM. Ce qu'ils ne prévoyaient pas, cependant, c'était le choc culturel du retour.

«Quand tu reviens d'un endroit où les gens pleurent en te racontant que des entreprises de ton pays ont dévasté leur habitat et leurs vies, c'est très troublant», confesse Guillaume. Le pire, selon Joëlle, c'est la désinformation véhiculée par les médias. «On nous fait croire que notre pays est un exemple à suivre dans le monde au niveau social et écologique alors que nous bâtissons notre richesse en exploitant et en dévastant les pays du Sud.»

Déçus tout autant par la rhétorique politique des Chavez, Morales et compagnie, ils n'ont pas l'intention de devenir de nouveaux Che. «Ce que nous souhaitons, explique Guillaume, c'est que l'on tienne davantage compte de l'économie sociale dans nos politiques.» La tenue de leur forum social, les 19 et 20 mars dernier, leur a justement permis de lancer une réflexion alternative et de mettre en pratique leur nouvelle devise : Penser globalement, agir localement.

La démocratie réinventée

Sur le campus, pendant 48 heures, près de 200 personnes ont pu participer à des ateliers-conférences sur des thèmes tels que la situation en Palestine, l'altermondialisme, la crise financière, les droits des autochtones et l'environnement. Les organisateurs sont particulièrement fiers d'avoir réussi à attirer à leur forum le Prix Nobel alternatif Chico Whitaker, un des fondateurs du Forum social mondial de Porto Alegre. «Nous avons gagné notre pari, estime Guillaume, même si notre forum ne peut évidemment pas se comparer à celui de Belém.»

Où seront-ils dans dix ans? Ils ne sont pas devins, mais ils se voient tous ailleurs qu'en Occident. Joëlle rêve de simplicité volontaire. Marie-Claude se projette sur le terrain, mais jamais dans un bureau gouvernemental. Francisco souhaiterait enseigner et nourrir sa réflexion dans un pays du Sud. Guillaume, lui, s'imagine père de famille, coopérant et parlant huit langues. Aucun ne parle de condo et d'auto!

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