Les revenants, une croyance persistante

9 Mars 2009 à 0H00

À partir de diverses sources, romans, mémoires, archives policières, récits d'exécution, traités de médecine, etc., Lucie Desjardins, professeure en études littéraires, a entrepris une recherche sur la figure du revenant dans la France des XVIIe et XVIIIe siècles, pour laquelle elle a reçu une subvention du CRSH, sur une période de trois ans.

Pour l'aider dans cette vaste entreprise elle s'est adjoint trois autres chercheurs, Michel Fournier, professeur en lettres françaises à l'Université d'Ottawa, Éric Méchoulan, professeur au Département des littératures de langue française de l'Université de Montréal et Pascal Bastien professeur d'histoire à l'UQAM.

Qu'est-ce qu'un revenant? Un fantôme? «Pas tout à fait, explique Lucie Desjardins. Le revenant, contrairement au fantôme, a un corps fait de chair et d'os. De plus, il est reconnaissable et identifiable.» Dans le corpus littéraire de l'étude, le fantôme ne serait pas nécessairement lié à une personne morte qui revient parmi les vivants, comme c'est le cas pour le revenant, précise pour sa part Pascal Bastien. Les quelque 130 documents consultés révèlent en outre que les revenants sont très souvent des êtres pacifiques, presque des compagnons de vie, selon Lucie Desjardins. Ils seraient là pour donner des conseils aux vivants, pour les aider. Il y en a par ailleurs qui reviennent parmi les vivants parce qu'ils sont mal préparés à la mort ou parce qu'ils ont encore des comptes à régler sur terre. Mais plus souvent qu'autrement, les revenants ne sont pas dangereux. Rien à voir avec les descriptions que l'on retrouve dans la littérature fantastique, affirme Mme Desjardins.

Dialogue entre fiction et histoire

Lucie Desjardins et Pascal Bastien ont des domaines d'intérêt complémentaires. La première est spécialiste du XVIIe siècle, le deuxième du XVIIIe siècle. «Plusieurs œuvres littéraires des XVIIe et XVIIIe siècles mettant en scène des revenants puisent leurs sources dans une véritable croyance, affirme Pascal Bastien. La figure du revenant est un prétexte pour dialoguer sur les liens entre histoire culturelle et fiction». Beaucoup de récits, par exemple les canards, ces petites brochures souvent vendues pour quelques sous, s'inspirent de faits divers riches pour l'historien qui explore les archives judiciaires et criminelles de l'époque.

Pascal Bastien a relevé une cinquantaine de cas d'escroquerie de faux fantômes, de faux revenants ou de fausses maisons hantées. Les stratagèmes que les escrocs mettent en œuvre pour faire croire à un revenant ou à une maison hantée, dans un but malhonnête, sont une source d'information précieuse.

Entre superstitions et spiritisme

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, période d'effervescence intellectuelle, la question de la mort et des croyances qui l'entourent suscitent de nombreux débats. Dans cet univers scientifique et rationnel qui se met en place, les croyances populaires sont mises à rude épreuve et sont marginalisées. Ce n'est pas parce qu'on les critique qu'elles ne persistent pas, dit Lucie Desjardins. Pascal Bastien utilise une formule de Madame Du Deffant pour résumer ce paradoxe : «Croyez-vous aux fantômes? Non, mais j'en ai peur». Il poursuit : «Les XVIIe et XVIIIe siècles, constituent une parenthèse, une période de bouillonnement, entre le XVIe davantage lié à des croyances superstitieuses et le XIXe intéressé au spiritisme, qui n'a pas évacué la croyance au surnaturel, mais l'a adaptée à son siècle et à sa culture».

L'intention des chercheurs n'est pas de démontrer comment la croyance aux revenants a disparu, mais comment elle s'est transformée et a été adaptée. «On n'évacue pas, en deux siècles, une croyance profondément ancrée dans les peurs, dans la conception de la mort et du deuil. Le revenant a une fonction, c'est un outil pour gérer la mort, pour gérer la vie», note M. Bastien.

Maintenant qu'ils se sont faits la main avec les revenants, Mme Desjardins et son équipe ont fait une demande de renouvellement de subvention au CRSH mais pour un projet de plus grande envergure, cette fois sur la superstition.

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