L'homme derrière la Biennale de Montréal

20 Avril 2009 à 0H00

«J'aime les artistes et les œuvres qu'ils créent, c'est tout ce qui m'importe. Je déteste les cloisonnements», avoue Claude Gosselin. Fonceur et pluridisciplinaire dans l'âme, le fondateur du Centre international d'art contemporain (CIAC) de Montréal est le lauréat du Prix Reconnaissance UQAM 2009 de la Faculté des arts.

Organisme sans but lucratif voué à la diffusion, le CIAC a été fondé en 1983. «Notre mandat n'a jamais été d'amasser et de bâtir une collection, mais bien de montrer le travail des artistes en leur commandant des œuvres nouvelles, actuelles», précise Claude Gosselin. À peine le CIAC mis sur pied, ce dernier créait les Cent jours d'art contemporain de Montréal. De 1985 à 1996, cet événement annuel, regroupant des artistes d'ici et d'ailleurs, s'est tenu dans différentes lieux de la ville. «Les Cent jours se déroulaient par exemple dans des entrepôts aménagés, raconte le directeur général et artistique du CIAC. Les gens parlaient fort, commentaient l'exposition, posaient des questions. À l'époque, c'était novateur de sortir l'art du musée. Cela permettait aux visiteurs de développer un tout autre rapport avec les œuvres, comme si celles-ci devenaient plus accessibles.»

Loin de lui l'idée de dénigrer le travail des musées, bien au contraire. «Ces derniers proposent aujourd'hui des formules très dynamiques et ils sont nécessaires, dit-il. Tout ce que je souhaitais, à l'époque, c'était de sortir du cadre imposé pour avoir plus de liberté. Mon travail, axé sur l'événementiel, est complémentaire à celui des musées.»

En 1998, Claude Gosselin a transformé les Cent jours en biennale. La sixième édition de la Biennale de Montréal aura lieu du 1er au 31 mai prochain.

Cette année, l'événement regroupera environ 75 artistes provenant des arts visuels, du design graphique, de la vidéo et du cinéma, qui présenteront des œuvres sur le thème de la culture libre. «L'objectif est de réunir les citoyens autour des notions de partage, de coopération et de connaissance à l'aide d'interventions urbaines et interactives, d'œuvres créées en commun par des artistes qui utilisent le Web comme outil de travail», précise Claude Gosselin.

Un tour d'horizon du milieu

Lauréat du Prix carrière de la Société des musées québécois (1999), du Prix du gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques, catégorie «contribution exceptionnelle» (2005) et membre de l'Ordre du Canada depuis 2006, Claude Gosselin est fier que son alma mater lui décerne ce prix Reconnaissance.

«Après une expérience d'enseignement au Burundi, je m'étais d'abord inscrit en histoire de l'art... à l'Université de Montréal, mais le programme était trop conventionnel et pas suffisamment axé sur ce qui se faisait sur le terrain, se rappelle Claude Gosselin. J'ai opté pour l'UQAM, où on traitait davantage d'art contemporain, de post-colonialisme, d'art amérindien et de Gothic Revival, entre autres.» Le programme a répondu à ses attentes, ajoute-t-il. «J'ai autant appris sur la production d'œuvre d'art, comme la gravure et la peinture, par exemple, que sur la critique. Bref, j'ai mis la main à la pâte pour pouvoir parler de l'art en connaissance de cause.»

Directeur administratif de la Société des artistes professionnels au début des années 1970, puis critique d'art au Devoir, Claude Gosselin a aussi été chef adjoint de la section des arts du Conseil des arts du Canada. «Après avoir œuvré aux côtés des artistes, j'étais désormais responsable de la distribution des bourses», dit-il en riant. Avant de fonder le CIAC, il a aussi été conservateur responsable des expositions temporaires au Musée d'art contemporain. «Tous ces emplois m'ont permis d'observer en long et en large le milieu des arts visuels à Montréal, au Québec, au Canada et à l'international, note-t-il. J'ai vu les deux côtés de la médaille et j'ai pu choisir ce que j'avais envie de faire, c'est-à-dire travailler avec les artistes.»

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