L'UQAM brille à Mérida

12 Janvier 2009 à 0H00

Tous ceux qui s'intéressent à la recherche à l'UQAM connaissent les travaux de Donna Mergler, professeure émérite au Département des sciences biologiques et cofondatrice du Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé et l'environnement (CINBIOSE). Avec Marc Lucotte et d'autres collègues, la neurophysiologiste a montré l'impact délétère du mercure sur les poissons du Rio Tapajos, au Brésil, et sur la santé neurologique de ceux qui les consomment. L'équipe explore maintenant des moyens de réduire la quantité de mercure dans la rivière.

Ce qu'on connaît moins, c'est l'impact phénoménal qu'a eu cette recherche aux quatre coins du monde. Le projet de la rivière Tapajos est en effet considéré comme une référence au chapitre de l'écosanté, cette nouvelle discipline qui fait tomber les barrières entre les sciences de la santé et de l'environnement, et qui vise à protéger autant notre santé que celle des écosystèmes fragiles dont elle dépend.

Au mois de décembre dernier, près de 700 chercheurs, médecins, environnementalistes et étudiants se sont réunis à Mérida, au Mexique, dans le cadre du Forum international écosanté 2008. L'événement en était à sa deuxième édition. Plus modeste, la première avait eu lieu il y a cinq ans, ici même à l'UQAM.

Tour du globe

Pendant quatre journées bien remplies, des scientifiques ont présenté leurs recherches en écosanté. Dans l'État mexicain de Oaxaca, par exemple, une équipe est parvenue, en trois ans à peine, à éliminer l'utilisation du DDT dans la lutte contre le paludisme tout en réduisant le taux d'infection du tiers. La pulvérisation de DDT a été remplacée par la gestion des zones de reproduction des moustiques.

En Inde, des chercheurs se sont attaqués aux problèmes liés à l'industrie du concassage de la pierre, dont le produit sert à la construction des autoroutes. Les usines à ciel ouvert dégagent des nuages de poussière qui retombent sur les terres agricoles et minent les récoltes. La poussière s'infiltre également dans les poumons des travailleurs et des habitants de la région. Des chercheurs sont en voie d'installer des systèmes d'aspiration pour récupérer la poussière. Cette dernière servira à la fabrication de matériaux de construction.

Autre exemple : dans le nord de l'Équateur, l'industrie de la fleur coupée prend de l'expansion. Des exploitations modernes ont recours à d'énormes quantités de pesticides et d'eau. Des chercheurs ont confirmé que les produits agrochimiques utilisés contaminent l'eau et affectent le développement neurologique des enfants des collectivités avoisinantes. De petites plantations plus écologiques commencent aujourd'hui à voir le jour.

Mergler, pionnière

Parmi ces conférenciers venus d'une soixantaine de pays, Donna Mergler avait un peu l'aura d'une star, du moins d'une pionnière, même si elle n'aime pas le terme. «Les recherches en écosanté existeraient sans moi et sans les recherches de l'UQAM», insiste modestement la professeure, qui faisait partie du comité scientifique à l'origine de la conférence. «En Amérique latine, par exemple, des chercheurs s'intéressent depuis longtemps à la médecine sociale, aux questions environnementales ou à la participation communautaire. Ce à quoi on assiste aujourd'hui, c'est à une mise en réseau à l'échelle internationale de toutes ces expertises.»

«C'est certain que le projet sur le mercure en Amazonie nous a appris beaucoup, poursuit-elle. On a appris à travailler de façon transdisciplinaire. L'étude a un peu servi de modèle à d'autres projets qui sont financés aujourd'hui partout dans le monde par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI).»

Hormis Donna Mergler, d'autres professeurs de l'UQAM, dont Louise Vandelac, Robert Davidson et Johanne Saint-Charles, étaient sur place. Cette dernière, professeure au Département de communication sociale et publique et directrice du CINBIOSE, a discuté des progrès réalisés par le réseau CoPEH-TLAC, qui réunit des chercheurs et des praticiens impliqués dans les recherches sur l'écosanté en Amérique latine, dans les Caraïbes et au Canada.

«CoPEH-TLAC est une communauté de pratique, résume Mme Saint-Charles. Nous organisons notamment des ateliers où les gens qui sont sur le terrain discutent de problèmes d'environnement et de santé et où chaque expert donne son point de vue sur les approches à adopter.» À titre d'exemple, le réseau travaille actuellement sur un projet au Costa Rica, où l'épandage de pesticides sur les régimes de bananes compromet la santé neurologique des enfants.

Les échanges ne font que commencer. Après l'énorme succès du Forum international écosanté 2008, les experts internationaux ont décidé de ne pas attendre cinq ans avant de se réunir à nouveau. Le Forum sera dorénavant un événement biannuel. La prochaine édition aura lieu à Londres. L'UQAM a donc un rendez-vous en 2010.

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Femmes d'exception

À l'occasion du Forum international écosanté 2008, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisation canadienne, a honoré cinq femmes qui se sont distinguées dans le domaine de l'écosanté. Une Cubaine, une Guatémaltèque, une Indienne, une Mongole... et une Montréalaise : Donna Mergler. Toutes ont piloté des projets en écosanté visant à aborder différemment les problèmes de pollution de l'eau et de l'air, les changements climatiques ou la lutte contre les maladies infectieuses.

Au cours d'une soirée en leur honneur, chacune a expliqué son travail en tant que femme scientifique dans son pays. Donna Mergler a rappelé dans quelles conditions elle est arrivée au Département des sciences biologiques de l'UQAM, dans les années 1970. «Durant six années, je suis restée la seule femme du Département. J'ai montré que les femmes pouvaient pratiquer la science différemment, avec leurs propres valeurs, et de façon tout aussi pertinente que les hommes.»

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