Pleins feux sur l'Amérique latine

30 Novembre 2009 à 0H00

Avant de faire son entrée dans le monde universitaire, en 2003, et à l'UQAM, en 2004, Nancy Thede a travaillé dans le milieu des ONG. Elle a entre autres été responsable du développement démocratique à l'organisme Droits et Démocratie. C'est en partie cette expérience de terrain qui a fait d'elle une titulaire toute désignée pour la nouvelle Chaire Nycole Turmel sur les espaces publics et les innovations politiques, financée par l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC). «Mon parcours et mes sujets de recherche intéressaient l'Alliance parce que cela fait partie de sa mission de défendre la démocratie et le bien commun, observe la professeure du Département de science politique. De plus, nous avions un intérêt commun pour l'Amérique latine.»

Les transformations importantes qui bouleversent depuis quelques années le paysage politique latino-américain constituent la base des problématiques de recherche de la nouvelle chaire. Nancy Thede cite l'émergence du Parti des travailleurs et l'élection de Lula au Brésil, la révolution bolivarienne au Venezuela ainsi que l'organisation des mouvements autochtones dans l'espace politique, que ce soit au Mexique avec les Zapatistes, en Bolivie avec Evo Morales ou en Équateur, premier lieu d'articulation d'une force politique autochtone.

Processus de démocratisation

«On s'intéresse aux processus de démocratisation à partir des forces sociales, mais aussi aux limites et aux lacunes de ces mouvements, souligne la chercheuse. L'une de ces lacunes, c'est la minceur du débat public sur les voies possibles d'avenir. Dans un contexte de conflit politique intense, la tentation est grande de couper court au débat et de disqualifier l'adversaire.» Ainsi, mentionne-t-elle à titre d'exemple, la polarisation politique entre le gouvernement bolivien et l'opposition concentrée autour de la bourgeoisie de la région de Santa Cruz est telle que toute critique de l'opposition est balayée du revers de la main par le gouvernement.

«Les gouvernements ne perçoivent jamais comme étant dans leur intérêt de laisser se développer le débat public, souligne la chercheuse. Pourtant, il est suicidaire pour une démocratie de miner l'espace public. Même si cela hypothèque la capacité d'aller vite dans un premier temps, il est absolument nécessaire que l'espace public soit le plus ouvert, le plus dynamique et le plus large possible.»

Pluralisation des espaces publics

La première grande conférence organisée par la chaire, le 20 novembre dernier, était donnée par Nancy Fraser, la philosophe politique américaine de réputation internationale qui est à l'origine de la pluralisation du concept d'espace public. «Un espace public est essentiellement un lieu de débat, d'échanges et de discussions sur un projet politique, explique la chercheuse. Or, contrairement à la théorie du philosophe allemand Habermas, qui laisse entendre qu'il existe un espace public unifié, Nancy Fraser, qui vient d'une tradition de militance féministe, a montré que les espaces publics peuvent être différenciés selon les enjeux. L'eau, par exemple, est un enjeu qui génère un espace public, mais ce n'est pas le seul espace public et ce ne sont pas tous les secteurs de la société qui participent à cet espace, à ce débat public autour de l'eau.»

La chaire, qui s'intéressera à ces différents espaces publics, aux mouvements sociaux qui les animent et, entre autres, à la participation politique des femmes, a été nommée en l'honneur de Nycole Turmel, la première femme élue présidente de l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC). Cette dernière a occupé ce poste pendant deux mandats, de 2000 à 2006, au cours desquels elle a notamment mené la bataille de l'équité salariale. «Depuis sa retraite, Nycole Turmel reste très active dans l'espace politique, principalement dans la région d'Ottawa et de Gatineau, précise Nancy Thede. Pour une chaire qui s'intéresse à la participation au débat public, elle est un exemple et une source d'inspiration.»

Des chercheurs provenant de différents départements et d'autres universités au Québec vont participer aux travaux de la chaire, renforçant ainsi le pôle d'expertise sur l'Amérique latine qui existe déjà à l'UQAM. La Chaire offre une bourse de cycles supérieurs de 5 000 $. Tous les étudiants qui s'intéressent à un sujet connexe à ses préoccupations sont admissibles. Ils doivent présenter leur dossier au cours du prochain trimestre.

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