Prix en enseignement de l'UQAM : des pédagogues hors pair

12 Janvier 2009 à 0H00

Benoît Bazoge et Robert Dion enseignent dans des domaines complètement différents et n'ont pas nécessairement la même approche pédagogique. Ils ont toutefois une chose en commun : les évaluations que les étudiants font de leur travail sont toujours excellentes.

Ils viennent de remporter la deuxième édition du Concours des prix en enseignement de l'UQAM, qui vise à valoriser l'enseignement à l'Université et à promouvoir la qualité de la formation. Ses prix soulignent l'esprit d'innovation des professeurs et des chargés de cours et les retombées positives de leur pratique pédagogique.

S'adapter au profil des étudiants

Un communicateur plutôt qu'un chercheur. C'est ainsi que Benoît Bazoge se définit. Professeur à l'École des sciences de la gestion depuis 1987, et aujourd'hui vice-doyen aux études, son enseignement porte notamment sur la gestion stratégique des organisations et la direction générale des entreprises. Depuis quelques années, il est l'un des animateurs du Centre d'enseignement, de formation et de recherche en enseignement supérieur (CEFRES) de l'UQAM, lequel soutient les professeurs dans l'élaboration de plans de cours, la conception de cours magistraux et la gestion de grands groupes.

La qualité de l'enseignement de Benoît Bazoge a aussi été reconnue dans des universités à l'étranger, où il a œuvré à titre de professeur invité. Il a reçu plusieurs fois la meilleure évaluation d'enseignement à la Warshaw School of Economics (WSE) en Pologne, l'une des meilleures écoles de gestion dans le monde. Ces expériences lui ont appris à adapter son enseignement à des populations étudiantes de différents univers culturels. «En Pologne, il y a 15 ans, il fallait convaincre les étudiants que le but d'une entreprise est de faire des profits. Aujourd'hui, ils sont plus compétitifs que les étudiants québécois. Au Vietnam, quand j'entrais dans la classe, les étudiants se levaient et attendaient que je leur dise de s'asseoir», raconte-t-il avec un sourire.

Tenir compte du profil de ses étudiants est la marque d'un bon professeur, souligne Benoît Bazoge. «Dans les programmes de MBA pour cadres, les étudiants sont des gestionnaires dans la quarantaine possédant pour la plupart une quinzaine d'années d'expérience dans des organisations ou des entreprises. Avec eux, le défi consiste à lier les connaissances théoriques à la réalité sur le terrain. J'insiste davantage sur la méthodologie d'analyse car, contrairement aux étudiants du profil recherche à la maîtrise, ils sont davantage dans l'action et ont moins l'habitude de décortiquer les différents aspects d'un problème.»

Diversifier les approches

Le pédagogue favorise par ailleurs la diversité des approches pédagogiques et fait alterner l'enseignement magistral avec d'autres méthodes d'enseignement. Il a ainsi mis au point une méthode qui allie la formule magistrale et la simulation informatisée de gestion. «La simulation permet de créer une situation où les étudiants doivent résoudre un problème particulier, comme une saturation du marché, une grève ou une rupture de production, explique-t-il. La formule magistrale me permet ensuite de diriger la discussion sur les différentes solutions proposées et d'en faire la synthèse.»

Benoît Bazoge insiste sur l'importance de la qualité de la communication avec les étudiants, auxquels il cherche à transmettre curiosité et rigueur. «Quand j'étudiais en France, j'ai subi des cours dans des amphithéâtres de 2 000 personnes où il n'y avait aucun échange avec le professeur. Pour provoquer des interactions avec les étudiants, le climat de confiance est essentiel. L'étudiant ne doit pas se sentir jugé quand il pose une question ou émet un commentaire.»

Le professeur reconnaît que la recherche a encore préséance sur l'enseignement, mais il croit que les choses sont en train de changer. «Aujourd'hui, dans les grandes universités américaines, il faut aussi être un bon enseignant si on veut obtenir sa permanence. Et, au Canada, on commence à y réfléchir.»

Explorer le langage du corps

Le chargé de cours Robert Dion est reconnu pour être un passionné de théâtre et d'enseignement. Diplômé de la maîtrise en art dramatique de l'UQAM, il enseigne à l'École supérieure de théâtre depuis 1974. Cet artiste-pédagogue a aussi été, jusqu'à l'an dernier, le directeur artistique de DynamOthéâtre et a participé aux nombreuses tournées de la compagnie en Amérique du Nord et du Sud, en Europe et en Asie.

Spécialiste du théâtre du geste, Robert Dion a développé un vocabulaire et un imaginaire visuels qui ont contribué à la renommée de DynamOthéâtre. Il est un ancien élève de l'École internationale Jacques-Lecoq, à Paris, qui enseigne la maîtrise du geste et du mouvement au moyen notamment du mime et du jeu de masque. «Tout mon enseignement s'inspire de la formation que j'y ai reçue, dit le chargé de cours. J'ai toujours été plus attiré par le langage du corps, qui permet d'explorer l'univers des passions et des états dramatiques, tels que la peur, la jalousie, l'orgueil et la colère.»

Parallèlement à sa carrière artistique, Robert Dion s'est entièrement dévoué à ses étudiants qu'il embauche volontiers, leur offrant ainsi leur premier rôle professionnel. Le directeur artistique du Théâtre de Quat'sous et le directeur actuel de DynamOthéâtre sont d'ailleurs deux de ses anciens étudiants.

Cultiver le plaisir de jouer

Pour Robert Dion, le théâtre est une œuvre collective qui se construit à travers la confrontation des idées. Intéressé par la démarche créatrice, il incite ses étudiants à développer une analyse réflexive sur leur propre travail. «Un acteur n'a pas à appliquer bêtement les idées du metteur en scène, dit-il. Quand on répète un spectacle, je veux que les étudiants apprennent eux-mêmes à identifier les problèmes.» Cela dit, Robert Dion croit en la nécessité de règles au théâtre. «Il y a des lois qui régissent la création dramatique et le jeu de l'acteur. Si on les suit, on fera du théâtre. Sinon, on fera au mieux de la littérature en costume.»

L'artiste-pédagogue est également une référence dans la formation de formateurs en enseignement artistique. Il enseigne ainsi aux futurs maîtres la Commedia dell'arte et le jeu clownesque qui sont au programme des cours d'art dramatique au secondaire. Il utilisera les 3 000 $ rattachés à son prix en enseignement pour publier un cahier pédagogique destiné aux enseignants en art dramatique afin de les aider à initier les jeunes au théâtre non verbal.

Robert Dion constate que les étudiants ont beaucoup changé depuis son arrivée à l'École supérieure de théâtre en 1974. «À cette époque, ils contestaient toute forme d'autorité, celle des professeurs y compris, se rappelle-t-il. C'était dans l'air du temps, mais aujourd'hui ils sont avides d'apprendre. Le danger qui les guette, toutefois, c'est la soif de célébrité. Au théâtre, il faut laisser l'ego de côté. Stanislavski, célèbre théoricien du théâtre, disait qu'il fallait aimer l'art qui est en soi, plutôt que soi-même dans l'art. L'essentiel est de cultiver le goût du théâtre pour le théâtre et le simple plaisir de jouer, comme le faisaient les artisans du Moyen Âge.»

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