Tireur d'élite

23 Mars 2009 à 0H00

Philippe Tousignant raconte avec amusement les regards perplexes et légèrement inquiets des gens auxquels il dévoile sa discipline sportive, le tir. «Au Québec, ce mot est associé à des tragédies comme Dawson et Polytechnique, souligne-t-il. Ce n'est pas le cas en Europe et en Asie, où il s'agit d'un sport populaire. En Chine, il y a environ 8 000 aspirants pour faire partie de l'équipe nationale!»

Étudiant au baccalauréat en relations internationales et droit international (BRIDI), Philippe Tousignant pratique le tir sportif depuis l'âge de 15 ans. Il a participé à ses premiers Jeux canadiens en 2003 et il est aujourd'hui classé «expert» au sein de l'équipe provinciale. En février dernier, il a pris part au Grand Prix du Canada, disputé à Toronto.

Entraîné par son père, Philippe pratique deux épreuves de tir : le pistolet à air et le pistolet de calibre .22. «Ce sont deux disciplines de précision, explique-t-il. Pour la première, la cible est située à 10 mètres et nous avons 1h45 pour tirer 60 coups. Pour la seconde, la cible est à 50 mètres et nous avons 2h15. Le temps accordé est plus long en raison de l'arme, qui est plus lourde, et de l'explosion qui provoque un effet de recul.»

La cible - en papier recyclé, précise-t-il en riant - est constituée de 10 ronds concentriques numérotés de l'extérieur (1) vers l'intérieur (10). Elle fait 15,5 centimètres de largeur et de hauteur. La zone payante, c'est-à-dire les cercles donnant 9 et 10 points, est grande comme une pièce de deux dollars. «Jamais personne n'a réussi un pointage parfait - 600 points - au pistolet», précise Philippe, dont la moyenne se situe autour de 550 points.

La connaissance de soi

La difficulté de la discipline réside dans la constance. «La condition physique et mentale doit être la même du premier au dernier tir», explique Philippe, dont les connaissances biologiques sont impressionnantes. Il connaît tous les muscles et articulations sollicités par sa discipline, dont les précieux muscles stabilisateurs. Le fonctionnement de l'œil et du cerveau aussi n'ont plus de secret pour lui. «La capacité d'ajuster l'œil à la mire en fonction notamment de la luminosité, qui est différente si la compétition se déroule à l'intérieur ou à l'extérieur, influence la coordination du mouvement», précise-t-il.

Le tir est une discipline qui demande évidemment une concentration hors de l'ordinaire, car un rien peut faire rater la cible. Les tireurs appuient même sur la gâchette en apnée, entre deux respirations, pour plus de stabilité. «Je ne dois pas penser à ma copine, pas plus qu'à mes prochains examens. Tout ce qui me passe par la tête se reflète sur la cible», dit Philippe, qui connaît bien la gestion de stress et qui utilise des mantras dans sa routine. «Mon sport est lié à mon rythme biologique, poursuit-il. Par exemple, je dois anticiper ma faim ou ma soif afin que mon corps ne déclenche pas des symptômes qui pourraient interférer avec ma routine.»

«Le tir est une discipline où le seul adversaire est soi-même, voilà pourquoi il règne une atmosphère de franche camaraderie entre les tireurs», note Philippe, qui a participé l'été dernier à des compétitions de Coupe du monde à Munich et à Milan. Il a également représenté l'UQAM, en octobre dernier, dans le cadre des championnats universitaires de tir, disputés à l'Université Tsinghua de Pékin. Il projette d'y retourner pour y effectuer un stage crédité, question de faire d'une pierre deux coups!

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Le tir est un sport olympique depuis 1896! Les Jeux Olympiques comprennent 15 épreuves, dont six pour les femmes et neuf pour les hommes.

Les épreuves de tir se divisent en trois groupes différents : carabine, pistolet et fusil. Les épreuves de carabine et de pistolet se déroulent dans des stands avec des concurrents visant des cibles à une distance de 10, 25 et 50 mètres. Les épreuves de fusil voient des adversaires s'opposer en tirant sur des plateaux lancés dans différentes directions.

Il existe 5 catégories de tireurs selon l'expérience, «expert» et «maître» étant les plus élevées. Les athlètes olympiques sont tous des maîtres. Philippe Tousignant rêve de participer aux Jeux olympique un jour, mais ses chances sont minces. Lors des compétitions internationales de qualification, les Canadiens se classent habituellement autour du 70e rang!

 

Source : www.olympic.org

 

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