Appliquer la recherche pour favoriser la réussite scolaire

15 Novembre 2010 à 0H00

Près de la moitié des adolescents du quartier Saint-Henri à Montréal décroche avant d'obtenir leur diplôme de cinquième secondaire. Cette situation n'empêche toutefois pas l'équipe de l'école primaire Saint-Zotique de prendre tous les moyens pour stimuler la motivation des enfants et favoriser leur réussite scolaire. «Notre école est un véritable laboratoire de recherche», affirme fièrement Yolande Brunelle, directrice de l'école, diplômée du baccalauréat en adaptation scolaire de l'UQAM et lauréate du Prix Reconnaissance UQAM 2010.

Les projets et innovations, auxquels contribuent plusieurs chercheurs de l'UQAM, abondent au sein de l'école de 200 élèves. Par exemple, les élèves sont initiés à la lecture dès la maternelle, acquièrent des habiletés sociales à un très jeune âge et ont la possibilité de créer un opéra de toutes pièces.

Projet unique au Québec

L'école Saint-Zotique est la seule au Québec à offrir la maternelle à temps plein aux enfants de 4 ans. Le contexte socio-économique, contrairement à ce que l'on pourrait croire, est propice à l'implantation de ce projet. «La plupart des enfants du quartier ne fréquentent pas les centres de la petite enfance (CPE), puisque leurs parents sont avec eux à la maison, explique Yolande Brunelle. Ils ont donc peu d'occasions de socialiser avec des enfants de leur âge et de développer leurs habiletés langagières. La maternelle à temps plein dès l'âge de quatre ans est un service qui comble un grand besoin chez les enfants du quartier.»

Le projet-pilote n'en est qu'à sa première année, mais les résultats sont déjà très encourageants. «Les enfants sont plus éveillés et réceptifs aux activités d'apprentissage qu'ils ne l'étaient en début d'année, souligne la directrice. En offrant un environnement plus stable, l'enseignant et l'éducatrice spécialisée peuvent effectuer des suivis plus adéquats et un meilleur réinvestissement des programmes d'expérimentation mis en place durant l'année.»

L'effet UQAM

Les réalisations des chercheurs de l'UQAM sont très présentes au sein de l'école. Avec son approche ludique, La Forêt de l'alphabet, conçue et validée par plusieurs chercheurs de l'Université, est un programme de prévention des difficultés d'apprentissage en lecture destiné aux enfants de la maternelle 5 ans.

Dans le cadre de ce projet, une étudiante de l'UQAM effectue un suivi régulier auprès des enfants pour évaluer leurs progrès. Les élèves qui éprouvent des difficultés sont immédiatement référés à l'orthopédagogue. «Ce programme augmente grandement la réussite des élèves lorsqu'ils atteignent la première année, affirme fièrement Yolande Brunelle. Cette année, presque tous les élèves qui ont bénéficié de ce programme l'an dernier lisaient avec fluidité après quelques mois. Une enseignante d'expérience m'a dit que c'était la première fois qu'elle voyait un groupe aussi bien préparé!»

D'autres projets réalisés par des chercheurs de l'UQAM se concrétisent à l'école Saint-Zotique. Fluppy est un programme conçu pour développer les habiletés sociales des élèves. Les activités de Mimi et ses amis permettent aux enfants d'enrichir leur vocabulaire. En première année, Lire à deux permet aux enfants d'apprendre à lire dans un esprit de collaboration. Coopéra, qui s'adresse aux élèves du 3e cycle, leur permet d'écrire et de produire un opéra de A à Z. Les élèves ont d'ailleurs présenté cette pièce à la salle Marie-Gérin-Lajoie de l'UQAM. De plus, des stagiaires de l'UQAM seront jumelés aux enseignants qui élaborent le projet Coopéra dès septembre.

«La direction d'école doit mobiliser son équipe et faciliter les liens entre les chercheurs universitaires et les enseignants, souligne Yolande Brunelle. Créer des conditions gagnantes pour la recherche, c'est favoriser la réussite des élèves.»

Un parcours marqué par la recherche

Yolande Brunelle a amorcé ses études à l'UQAM en 1972, en grande partie grâce aux horaires flexibles qui lui permettaient de concilier travail et études. «C'était l'époque de nos 20 ans», se rappelle-t-elle avec plaisir.

Son emploi en garderie l'éloigne des bancs universitaires durant quelques années, mais elle revient terminer son baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire en 1984. «Mon retour aux études a été fantastique, raconte-t-elle. L'UQAM avait bien évolué en conservant son atmosphère accueillante et chaleureuse, j'y ai développé un grand sentiment d'appartenance. J'ai particulièrement apprécié les stages dans les écoles et les activités d'apprentissage que l'on effectuait devant nos pairs.»

Durant son baccalauréat, Yolande Brunelle a la chance de travailler avec une équipe de recherche en didactique des mathématiques, d'analyser des données et d'étudier des pistes d'intervention. «Ce fut une expérience très formatrice, qui m'a ouvert à l'importance de concrétiser la recherche dans le milieu scolaire, explique-t-elle. Par la suite, j'ai eu la chance d'être chargée de cours, ce qui m'a permis de garder le contact avec la recherche.»

Après avoir été enseignante au primaire, chargée de cours en didactique des mathématiques à l'UQAM, commissaire à la Commission scolaire de Montréal, conseillère pédagogique et directrice-adjointe, Yolande Brunelle a obtenu le poste de directrice de l'école Saint-Zotique en 2007. «Les expériences diversifiées que j'ai vécues me permettent aujourd'hui d'avoir une vision systémique de l'éducation.»

La consécration de cette belle carrière est survenue lors de la Fête des 40 ans de l'UQAM en avril 2010. Un comité de pairs lui a alors décerné le Prix Reconnaissance, un honneur réservé à des diplômés exceptionnels. «Je désire partager ce prix avec toute mon équipe-école, conclut-elle avec modestie. C'est grâce à elle que tous les projets se concrétisent. La volonté, l'implication et le travail exceptionnel des enseignants et des différents intervenants contribuent grandement à la réussite de nos élèves.»

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