Architecture moderne: un patrimoine à protéger

4 Octobre 2010 à 0H00

Le patrimoine architectural est associé communément au passé. Pourtant, il ne cesse de rajeunir. Ces dernières années, l'architecture moderne s'est affirmée comme un nouveau domaine patrimonial qui pose des défis stimulants à la théorie et à la pratique de la conservation et suscite la réflexion sur la tension entre permanence et changement en matière de protection.

Ces questions seront au centre du colloque international La sauvegarde de l'architecture moderne. Défis de la patrimonialisation et mobilisation des savoirs au Québec, au Canada et ailleurs, qui se déroulera du 14 au 17 octobre à Montréal. Organisé par l'Institut du patrimoine et l'École de design, en collaboration avec le Forum canadien de recherche publique sur le patrimoine, l'événement réunira des conférenciers du Québec, du Canada, des États-Unis, du Brésil et d'Europe.

«Le colloque propose d'approfondir le débat sur les enjeux culturels et politiques que comporte la sauvegarde du patrimoine moderne, soit l'héritage formé par les bâtiments et ensembles architecturaux novateurs construits au XXe siècle», précise la professeure France Vanlaethem, de l'École de design.

Présidente du comité scientifique du colloque, la chercheuse compte parmi les premières personnes au Québec à s'être opposées aux rénovations peu respectueuses de l'architecture d'origine de bâtiments des années 1960. Elle a d'ailleurs mené une campagne de mobilisation, à la fin des années 80, contre les travaux de réfection et de mise au goût du jour du complexe Westmount Square à Montréal. Membre de Docomomo International - association vouée à la connaissance et à la sauvegarde de l'architecture moderne - et présidente fondatrice de Docomomo Québec, France Vanlaethem siège à la Commission des biens culturels du Québec et au Conseil du patrimoine de Montréal.

Une architecture fragile

Souvent décriée, l'architecture moderne se distingue par son caractère abstrait, par le déploiement de nouvelles techniques de construction et par l'emploi de nouveaux matériaux - béton, fer, acier, verre - comme moyens d'expression architecturale. Au Québec, elle a pris son essor dans les années qui ont suivi la Seconde guerre mondiale, rappelle la professeure, en particulier pendant la Révolution tranquille avec l'érection de nombreux gratte-ciel (Place Ville-Marie, Place Victoria) et la construction de grands complexes culturels et multifonctionnels. L'architecture moderne a transformé la morphologie de Montréal et occupe aujourd'hui une place importante dans l'ensemble du paysage bâti au Québec. Sa connaissance reste toutefois limitée, tout comme sa reconnaissance par un large public.

Le patrimoine bâti moderne se caractérise également par sa fragilité, note France Vanlaethem. Depuis les années 60, plusieurs bâtiments ont vieilli. Faut-il les laisser se dégrader? Doit-on les restaurer et les préserver? Les modifier et les recycler? Les experts de divers pays réfléchissent actuellement à ces questions.

Élargir le patrimoine

«La conservation demeure l'enjeu premier», souligne la chercheuse, qui reconnaît les progrès accomplis ces dernières années. Ainsi, en mars 2007, Habitat 67, icône du patrimoine moderne montréalais, était classé monument historique. Autre exemple, le pavillon du Lac-aux-Castors dans le parc du Mont-Royal a été restauré grâce à un mouvement d'opposition au projet de la ville de Montréal de le démolir. Construit au milieu des années 50, le pavillon avait été conçu comme un équipement de loisir visant à rendre le parc plus accessible au grand public.

La patrimonialisation d'un cadre bâti porteur des valeurs de nouveauté et d'universalité propres à la modernité ne va pas de soi, souligne France Vanlaethem. «De nouveaux regards sont nécessaires, dit-elle, pour élargir le domaine patrimonial au-delà des icônes ou des grandes œuvres qui, généralement, sont les premières à être légalement protégées.»

Selon la professeure, «les jeunes générations reconnaissent plus facilement la valeur patrimoniale de l'architecture moderne et certains architectes sont également plus sensibles que d'autres à l'importance de sa conservation, comme ce fut le cas avec l'ancien pavillon des États-Unis de l'Expo 67, devenu aujourd'hui la Biosphère.»

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