Bâtir un État de droit en Haïti

17 Mai 2010 à 0H00

Fernando Castanon a eu beaucoup de veine. Il était en vacances en Espagne, son pays d'origine, le 12 janvier dernier, quand le terrible séisme a frappé Haïti. «Je serais probablement mort, dit-il, comme mes 102 collègues des Nations Unies qui se trouvaient à Port-au-Prince ce jour-là.»

Coordonnateur depuis 2008 de la division de l'État de droit au sein de la Mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH), Fernando Castanon était de passage à l'UQAM récemment pour donner un séminaire sur les missions de paix des Nations Unies. L'événement était organisé par l'Observatoire sur les missions de paix de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Celui-ci tiendra, du 24 mai au 4 juin, un autre séminaire sur les opérations humanitaires, ouvert aux étudiants des cycles supérieurs, aux professionnels, ainsi qu'aux étudiants de troisième année du baccalauréat de toutes les universités.

Restaurer la confiance

Selon Fernando Castanon, les priorités en matière de justice et de sécurité consistent, en Haïti, à rendre de nouveau fonctionnels les tribunaux et les commissariats de police, à résoudre le problème des prisons surpeuplées, à assurer la sécurité dans les camps de réfugiés et, surtout, à restaurer la confiance de la population dans les institutions judiciaires. «Actuellement, 90 % de la population carcérale est en détention préventive prolongée, de nombreux prisonniers n'ont pas de dossier judiciaire et plusieurs demeurent incarcérés même s'ils ont purgé leur peine.»

Le gouvernement haïtien, en collaboration avec l'ONU, a établi un plan de travail qui s'échelonne jusqu'en décembre 2011, note le responsable onusien. Les objectifs sont de renforcer les capacités opérationnelles du ministère de la Justice et de la Sécurité publique, de garantir l'accès de la population à la justice et de créer les conditions pour une bonne administration judiciaire dans l'ensemble du pays.

Apprendre des erreurs du passé

Juriste de formation, Fernando Castanon travaille pour les Nations Unies depuis 1989. Il a participé à plusieurs missions (Nicaragua, Salvador, Guatemala) et a œuvré pour les Tribunaux pénaux internationaux pour l'Ex-Yougoslavie (TPIY) et le Rwanda (TPIR). Son expertise couvre les domaines des droits de l'homme, de la justice, de l'État de droit et de l'information publique. L'organisation pour laquelle il travaille en ce moment, la MINUSTAH, a été créée en 2004 après le coup d'État qui a renversé le président Jean-Bertrand Aristide. L'ONU avait alors autorisé l'établissement de la Mission afin d'assurer la poursuite d'un processus politique pacifique et constitutionnel, et pour maintenir des conditions de sécurité et de stabilité. Son mandat comporte plusieurs volets : susciter le dialogue politique, maintenir la sécurité publique, appuyer les réformes favorisant la défense des droits de l'homme et le développement de l'État de droit.

Fernando Castanon est convaincu que le leadership de la reconstruction doit être assumé par l'État haïtien, avec l'appui de la communauté internationale et dans le respect de la souveraineté d'Haïti. «Le peuple haïtien peut apprendre des erreurs du passé et rebâtir quelque chose de mieux, croit-il. Je me considère privilégié de pouvoir travailler à ses côtés afin de réaliser des idéaux - la paix, le développement, le respect des droits de la personne - auxquels je crois profondément. »

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