Enfants en difficulté: faut-il les intégrer à tout prix?

25 Janvier 2010 à 0H00

Le professeur au Département d'éducation et de formation spécialisées Gérald Boutin a récemment été amené à donner quelques entrevues sur le sujet de l'inclusion en classe ordinaire des enfants en difficulté. L'automne dernier, un reportage de Radio-Canada illustrant le cas de Lucie, une petite fille atteinte de paralysie cérébrale et lourdement handicapée, avait relancé la controverse autour de cette question à laquelle le professeur s'intéresse depuis le début de sa carrière. Il vient d'ailleurs de publier, en collaboration avec Lise Bessette, professeure au Département d'éducation et pédagogie, un livre qui jette un pavé dans la mare de l'intégration à tout prix.

Inclusion ou illusion? Élèves en difficulté en classe ordinaire : Défis, limites et modalités questionne, comme son titre l'indique, l'applicabilité d'une approche préconisant que tous les enfants, quelles que soient leurs difficultés, soient inclus dans les classes ordinaires. «Il y a quelque chose de très positif dans la philosophie de l'inclusion totale, c'est de donner une chance à chacun, dit Gérald Boutin. On est d'accord avec ça, mais pas au point de mettre certains enfants à l'écart des services spécialisés dont ils ont besoin.»

Gérald Boutin, qui a été directeur de la formation pratique pendant plusieurs années, croit à l'intégration scolaire des enfants en difficulté. En 1983, il collaborait déjà à un ouvrage sur le sujet. Mais, selon lui, l'intégration ne peut se faire qu'à certaines conditions et ne doit pas entraîner la disparition de toutes les classes spéciales.

Des problèmes multiples

«Les conditions de base ne sont pas respectées pour favoriser l'intégration, souligne-t-il. Les enseignants se plaignent d'être débordés et ils n'ont pas la formation nécessaire pour répondre aux besoins de tous les enfants en difficulté qui se retrouvent dans leur classe.» Bien sûr, des efforts peuvent être faits du côté de la formation. «Mais on ne peut pas former des enseignants à traiter des enfants présentant une multiplicité de handicaps différents. Il y a des enfants qui ont besoin de soins particuliers ou qui s'automutilent! On est parti de l'exclusion totale pour aller vers l'inclusion totale. Cela n'a pas de sens.»

Selon Gérald Boutin, il ne faut pas confondre le droit à l'éducation avec le droit de faire partie d'une classe ordinaire. Certains parents qui insistent pour que leur enfant soit intégré en classe ordinaire devraient comprendre que cela n'est pas toujours la meilleure solution. «Un père me racontait que son fils autiste avait été placé dans une classe ordinaire où il était très malheureux. Au secondaire, il a fréquenté une école spéciale et il s'est développé beaucoup mieux», rapporte le professeur.

Gérald Boutin s'insurge par ailleurs contre le manque de ressources allouées au dépistage, à la prévention et à la prise en charge des difficultés scolaires. «La plupart des futurs enseignants à qui je parle ne sont pas contre l'intégration s'ils ont de l'aide, dit-il. Mais ils se rendent vite compte qu'il ne leur est pas possible de répondre aux exigences de leur tâche avec les moyens qui leur sont donnés.»

Selon le professeur, chaque cas d'enfant en difficulté est particulier et la véritable intégration consisterait à accorder à chacun l'attention qu'il mérite. «La classe spéciale ne signifie pas l'exclusion totale, dit-il. On peut avoir des classes spéciales dans des écoles ordinaires, favoriser les activités avec les autres enfants et permettre plus d'allers-retours entre la classe spéciale et la classe ordinaire.»

Il faut aussi, croit Gérald Boutin, tenir compte du droit des enfants sans difficulté à un enseignement serein. «Ceux qui sont pour l'inclusion totale ne vont jamais dans une classe», dit-il.

Autrefois, l'enfant très handicapé restait chez lui, rappelle Gérald Boutin. Il n'allait pas à l'école. «La richesse de notre civilisation, ce serait d'accueillir tous les enfants dans le respect de leur différence.»

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