Fils de Bacchus

15 Novembre 2010 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Chaque semaine, des milliers de Québécois lèvent leur verre à la santé de François Le Brasseur. Ces amateurs de vin n'ont, pour la plupart, jamais entendu parler du président d'Elixirs. Et pourtant, ils savourent les fruits de son travail et contribuent à son succès.

C'est que François Le Brasseur (B.A.A., 88) agit comme trait d'union entre les producteurs d'une cinquantaine de vins, provenant d'Europe ou d'Amérique latine, et la Société des alcools du Québec (SAQ). Son nez pour les affaires se cache entre autres derrière les vins Fuzion, le plus grand succès dans l'histoire de la SAQ. Entre 2 et 3,2 millions de bouteilles du rouge Shiraz-Malbec s'envolent des tablettes chaque année, depuis 2007. «Les Québécois m'invitent à leur table sans le savoir», se réjouit le sportif de 47 ans, rencontré à son bureau du Vieux-Montréal.

Cet amoureux des bonnes bouteilles est tombé dans la potion magique à la fin de son adolescence, après avoir décroché un poste de caissier dans une succursale de la SAQ. «À l'époque, je ne connaissais rien aux vins», se souvient-il. Sa découverte se transforme rapidement en passion. Pendant son baccalauréat en marketing à l'ESG, quand un professeur demande aux étudiants de créer une entreprise fictive, François Le Brasseur imagine une «école» offrant des cours d'initiation aux vins, avec dégustations. «L'idée a eu un tel succès que la SAQ l'a retenue», raconte l'entrepreneur. Ces cours se donnent toujours et affichent complet chaque session.

À la fin de ses études, le jeune diplômé obtient un emploi à la maison Corby, spécialisée dans la distribution de spiritueux. François Le Brasseur est embauché pour développer la division des vins. Il y passera 10 ans. Il poursuit ensuite sa carrière comme directeur des ventes chez LCC/Clos des Vignes. Il a toutefois l'étoffe d'un entrepreneur et souhaite faire découvrir de nouveaux vignobles aux consommateurs québécois. Le 1er juin 2001, il plonge tête première et fonde Elixirs. Le 2 juin... il frappe un mur. «La SAQ a annoncé qu'elle imposait un moratoire de trois ans, durant lequel elle n'accepterait aucun nouveau produit. J'en ai pleuré!»

L'entrepreneur se retrousse les manches et s'oblige à voir le bon côté des choses : le moratoire lui donnera le temps nécessaire pour dénicher des produits exceptionnels en vue du prochain appel d'offres de la SAQ. Lors du salon Vinexpo de 2001, à Bordeaux, le Québécois déambule parmi les 3 000 exposants dont les kiosques s'étirent sur plus d'un kilomètre. Il goûte à des vins, à la recherche de bijoux qui n'auraient pas encore été découverts au Québec. C'est alors que José Alberto Zuccardi, un producteur argentin haut en couleur, le tire par la manche. Son agent au Canada l'a laissé tomber et il cherche désespérément quelqu'un pour le remplacer. «Ma première réaction a été de fuir, avoue en riant François Le Brasseur. Mais après avoir goûté à ses vins et discuté avec lui, j'étais conquis.»

De retour à Montréal, François Le Brasseur se met au boulot. José Alberto Zuccardi lui envoie trois échantillons de vins différents. Avec sa femme et son beau-père, le président d'Elixirs déguste «à la bonne franquette». La famille a le coup de foudre pour un assemblage Shiraz-Malbec. C'est lui qui sera mis en bouteille pour le marché québécois.

Lorsque la SAQ lance un appel d'offres, en 2004, Francois Le Brasseur est prêt. À l'instant où le comité de sélection goûte au Fuzion, la discussion s'enflamme. «Ils m'ont appelé pour vérifier s'il n 'y avait pas d'erreur, raconte l'entrepreneur. Ils estimaient que ça valait 15 $ la bouteille, alors que le prix indiqué était de 8,05 $.»

Ce n'est pas le seul succès que François Le Brasseur remporte auprès du comité cette année-là. Sept des vins qu'il propose sont retenus pour faire partie des produits réguliers offerts à la SAQ!

Depuis, Elixirs a placé des dizaines d'autres produits dans les magasins de la Société : vins rouges, blancs ou mousseux, provenant autant de l'Argentine que du Chili, de la Bulgarie, de la région de la Bourgogne ou de Bordeaux.

Michel Phaneuf (B. Sp. communication, 77), véritable bonze dans le milieu, a déjà déclaré que François Le Brasseur avait gagné l'équivalent de la loterie. Mais le principal intéressé ne croit pas à la chance. «Avoir un bon vin, c'est une chose. Il faut aussi une solide équipe de vendeurs pour faire connaître son produit aux restaurateurs et aux conseillers de la SAQ. Disons que les connaissances en marketing que j'ai acquises à l'UQAM sont bien utiles.»

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