Justice et santé

20 Septembre 2010 à 0H00

C'est par le droit des affaires que Michelle Thériault, professeure au Département des sciences juridiques, en est venue à s'intéresser à la médiation. «La résolution des conflits touche tous les domaines, pas seulement le droit familial», souligne l'avocate, qui donne à l'UQAM le seul cours consacré à la médiation et à la justice participative. Selon elle, il faudrait que la formation des avocats soit davantage axée sur les modes de résolution des conflits basés sur le dialogue et la collaboration, plutôt que sur l'opposition.

«On devrait changer le code déontologique des avocats pour y inclure l'obligation d'informer et de conseiller le client sur la meilleure façon de résoudre son conflit, le procès n'étant pas toujours la meilleure solution», dit Michelle Thériault.

En ce moment, rappelle la professeure, le réflexe de l'avocat, c'est : «On va poursuivre et on va gagner!» Or, de nombreux conflits se résoudraient beaucoup mieux grâce à un processus de médiation. «Quand les parties ont participé à la décision, ils la respectent beaucoup plus», affirme la chercheuse.

Participer à un processus de médiation est également une forme de responsabilisation sociale qui contribue à l'estime de soi, puisque la médiation valorise le point de vue des personnes. «Avec une justice plus humaine, fondée sur le dialogue et la collaboration, on peut contribuer au bien-être des populations», croit la juriste, qui est membre active du comité sur la justice participative du Barreau du Québec.

Un ouvrage qui fait le lien

Michelle Thériault vient de publier, en collaboration avec Henri Dorvil, professeur à l'École de travail social, un ouvrage qui fait le lien entre Problèmes sociaux, médiation communautaire, recherche et santé. Réalisé à partir d'un colloque sur le même thème, tenu en 2008 dans le cadre du congrès de l'ACFAS, ce livre réunit des collaborateurs de nombreuses disciplines et de plusieurs universités et institutions du milieu de la santé et des services sociaux. Les sujets abordés vont de l'habitat comme lieu d'insertion sociale à la médiation de quartier, en passant par la psychiatrie sociale et le lien entre pauvreté et problèmes de santé mentale.

«Plusieurs recherches démontrent que les pauvres sont plus malades et meurent plus jeunes que les riches, rappelle Henri Dorvil, qui signe un chapitre intitulé ‘Le stigma, une forme spécifique d'inégalité sociale en santé mentale'. C'est d'autant plus vrai en ce qui concerne la maladie mentale.»

Selon la National Comorbidity Study, une vaste étude des troubles psychiques réalisés aux États-Unis, les personnes au bas de l'échelle, qui n'ont pas de diplôme d'études secondaires, sont 1,8 fois plus susceptibles d'être diagnostiquées comme souffrant de psychoses affectives que celles qui ont une éducation postsecondaire. De même, les personnes ayant un revenu très modeste sont 1,7 fois plus susceptibles de recevoir un diagnostic de dépression majeure que celles se situant dans la catégorie des revenus les plus élevés.

Henri Dorvil et Michelle Thériault pensent que s'il y a victimisation et souffrance sociale, il y a aussi possibilité de reconnaissance identitaire collective, de mobilisation et d'action. Leur ouvrage propose des réponses aux problèmes sociaux, en faisant notamment une large place aux questions de justice alternative.

«Les liens sont nombreux entre sciences juridiques et travail social, note Michelle Thériault. Derrière le travail social, il y a toute une batterie législative que les travailleurs sociaux ne peuvent ignorer. Et en sciences juridiques, il y a le droit social. Ce qui est extraordinaire, c'est d'amener des chercheurs des deux horizons à collaborer et à échanger leurs connaissances.»

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