L'amour qui fait mal

18 Octobre 2010 à 0H00

En Amérique du Nord, un nombre important de jeunes de 14 à 18 ans ont déjà été victimes d'au moins un épisode de violence dans le cadre de leurs premières relations amoureuses. Cette violence engendre des blessures physiques et de la détresse psychologique, dont les coûts sociaux sont élevés. C'est pourquoi les gouvernements, que ce soit au Québec, au Canada ou à l'étranger, l'ont identifiée comme une cible prioritaire.

La professeure Martine Hébert, du Département de sexologie, dirige une équipe de recherche qui s'intéresse au phénomène de la violence dans les relations amoureuses chez les adolescents et les jeunes adultes. C'est la seule équipe au Québec à avoir obtenu une subvention (2 millions $) des Instituts de recherche en santé du Canada dans le cadre du programme «Équipes stratégiques sur les blessures». Le gouvernement fédéral a investi dans ce programme 8,2 millions $ sur 5 ans pour financer 5 regroupements de chercheurs au Canada. Les blessures (accidents de la route, suicides, noyades, actes de violence de toutes sortes) sont la principale cause de décès chez les Canadiens âgés de 1 à 44 ans. Leur coût est estimé à 19,8 milliards $ par année.

Le programme de recherche dirigé par la sexologue vise un échantillon de quelque 3 000 jeunes et comporte quatre volets : une enquête auprès de jeunes fréquentant l'école secondaire; une série d'études auprès d'adolescents issus de populations vulnérables (victimes d'agressions sexuelles et membres de minorités sexuelles); une étude des interactions entre les partenaires de couples d'adolescents; une analyse de trajectoires amoureuses et sexuelles.

Aider les plus vulnérables

Bien que certaines études aient permis de mieux circonscrire le phénomène de la violence amoureuse, les données scientifiques demeurent parcellaires, surtout en ce qui concerne les adolescents, souligne Martine Hébert. «Au Québec, selon des recherches effectuées récemment auprès de jeunes filles âgées de 16 ans, une sur trois aurait subi de la violence psychologique, une sur cinq aurait fait l'objet de violence physique et une sur dix aurait été victime de violence sexuelle», rappelle Mylène Fernet, professeure au Département de sexologie et membre de l'équipe de recherche. «Nous voulons tracer un portrait du phénomène de la violence dans les relations amoureuses, tant au chapitre de sa prévalence que de ses conséquences, explique Martine Hébert. Il faut comprendre pourquoi des jeunes vivent des relations violentes à répétition, même avec différents partenaires, tandis que d'autres parviennent à y mettre fin assez rapidement. En tenant compte de variables individuelles, familiales et sociales, nous souhaitons aussi développer des programmes de prévention pour les jeunes qui risquent davantage de vivre la violence dans leurs relations amoureuses.»

Le taux de prévalence de la violence serait deux fois plus élevé chez les ados qui ont subi une agression sexuelle pendant l'enfance. «Les modèles relationnels à l'adolescence peuvent se cristalliser et perdurer jusqu'à l'âge adulte, observe la chercheuse. Pour faire de la prévention, nous devons mieux connaître la trajectoire des jeunes, depuis l'enfance jusqu'aux premières relations amoureuses.»

Des conséquences multiples

Les conséquences de la violence sont multiples : séquelles physiques, faible estime de soi, anxiété, dépression, problèmes de concentration à l'école. Ces symptômes peuvent se manifester pendant plusieurs années, en particulier dans les cas de «victimisation» répétée. «Dans le cadre d'une autre étude, nous avons questionné des adolescentes de 15 ans, victimes d'agression sexuelle dans l'enfance, qui subissent aujourd'hui la violence dans leur relation amoureuse. Par rapport aux jeunes qui n'ont jamais connu ce type d'expérience, les risques qu'elles éprouvent des problèmes de santé mentale sont sept à huit fois plus élevés», souligne Martine Hébert.

L'équipe de recherche, qui comprend également le pédiatre Jean-Yves Frappier (CHU de Sainte-Justine), a noué des liens avec des organismes partenaires comme le CSS Jeanne-Mance, le Projet relations amoureuses des jeunes de la Direction de la santé publique de Montréal-centre, et Entraide Jeunesse.

Selon Martine Hébert et Mylène Fernet, l'approche privilégiée par l'équipe n'a rien à voir avec la régulation des comportements sexuels. «Nous voulons questionner les jeunes sur leur vision de l'amour, les accompagner dans leur cheminement et leur fournir des pistes pour qu'ils développent des relations harmonieuses et égalitaires.»

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