Le théâtre pour la vie

18 Octobre 2010 à 0H00

«Aucun élève ne doit être sacrifié au profit d'une idée ou d'une pièce, aussi bonne soit-elle. Le théâtre, surtout en milieu scolaire, est un art rassembleur», affirmait Monique Hamel dans un article intitulé «La distribution, la création et la construction de personnages en milieu scolaire», paru dans la revue de théâtre Jeu, en 2008. Pour cette doctorante en études et pratiques des arts, l'enseignement du théâtre au secondaire va bien au-delà du simple aspect ludique ou pédagogique.

Boursière du Fonds de recherche sur la société et la culture (FQRSC), qui lui octroie un montant de 60 000 $ sur trois ans pour mener à bien ses recherches doctorales, Monique Hamel a roulé sa bosse dans le milieu de l'art dramatique. Bachelière de l'UQAM (1989), elle a été comédienne, entre autres avec Omnibus, pionnier du théâtre gestuel au Québec. Elle a enseigné pendant quelques années au secondaire, à Longueuil et à Boucherville, et a ensuite voulu poursuivre aux études supérieures ses réflexions sur l'enseignement et le jeu. Titulaire d'une maîtrise en jeu (1994), elle a été chargée de cours à l'École supérieure de théâtre, avant d'entreprendre son doctorat en 2005.

Son projet de thèse porte sur l'impact de la création dramatique au secondaire. Elle souhaite analyser le sens de l'expérience vécue par les élèves, tout autant que les techniques mises en place par les enseignants. «Je veux déterminer les conditions favorables aux apprentissages et voir si celles-ci sont transférables dans d'autres domaines», souligne-t-elle.

Non aux auditions

Il y a de plus en plus d'écoles au Québec qui offrent des cours optionnels en art dramatique, se réjouit Mme Hamel. Mais ce ne sont pas toutes les écoles qui adoptent les meilleures méthodes pédagogiques, précise-t-elle. «Par exemple, il est absurde qu'un enseignant attribue les rôles par audition. Cela ne favorise pas un climat propice à la création d'un esprit d'équipe. En ce sens, mon approche est humaniste, je crois que tous les élèves ont droit à une expérience enrichissante!»

Monique Hamel prône donc la voie de la création plutôt que celle de l'adaptation, car cette dernière oblige l'enseignant à attribuer des rôles principaux, des rôles secondaires et des rôles de figurants. Il n'en faut pas plus pour démotiver les trois quarts de la classe, selon la chercheuse. «Lorsque j'enseignais, j'amenais les élèves, en sous groupes de sept ou huit, à créer eux-mêmes leurs personnages et leur pièce. De cette façon, chacun trouve à s'exprimer.»

Au cours de sa recherche, Monique Hamel observera des professeurs en art dramatique et leurs élèves. «On parle souvent des lacunes du système d'éducation, alors que je m'intéresse plutôt à ce qui fonctionne bien, et pourquoi cela fonctionne bien.»

Des entrevues préalables au dépôt de son projet de thèse lui ont permis d'avoir un avant-goût de l'impact de l'art dramatique sur la vie professionnelle, sociale et personnelle des élèves devenus grands. «Si cela est assez évident pour un élève devenu comédien ou animateur culturel, ce l'est moins pour un travailleur en entreprise. Pourtant, un ancien élève m'a confié que c'est le processus de création en équipe qui lui a permis de développer les habiletés qu'il utilise aujourd'hui à titre de chef d'équipe. Je suppose donc que l'enseignement de l'art dramatique a un potentiel transdisciplinaire. Plus l'expérience de création a un sens pour l'élève, plus il transposera ensuite ses apprentissages dans les autres sphères de sa vie.»

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