Misstress Barbara: le rythme dans le sang

15 Novembre 2010 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Misstress Barbara se rappelle ses premiers contrats de disc-jockey (DJ), en 1996, alors qu'elle était à mi-parcours de son baccalauréat en communication. «Le lundi, devant mon air fatigué, on me demandait : T'as fait la fête? Et je répondais : Mais non! J'ai travaillé! Mes collègues de classe ne prenaient pas mon métier au sérieux.» Trois ans plus tard, elle sillonnait la planète et se produisait dans les clubs et les événements les plus branchés, faisant écarquiller bien des yeux. «Aux Philippines, les gens n'avaient jamais vu de femme DJ. Personne ne dansait. Ils me regardaient tous, incrédules», raconte-t-elle en riant. Après avoir fait danser au fil des ans des foules atteignant parfois jusqu'à 25 000 personnes, la célèbre DJ tente aujourd'hui sa chance du côté de la chanson, prouvant une fois de plus que le seul rythme qui lui convient, en musique comme dans la vie, c'est le sien!

Née en Sicile, Barbara Bonfiglio (B.A. communication, 98) est arrivée à Montréal en 1983, à l'âge de 7 ans, en compagnie de son père, de sa mère et de son frère. «Je ne parlais ni français ni anglais, mais j'ai eu tôt fait d'apprendre au contact de mes camarades de classe», dit-elle dans un français impeccable, qu'elle émaille parfois d'expressions anglophones.

La jeune femme s'est initiée à la musique comme joueuse de caisse claire dans la fanfare militaire des Cadets de l'air, auxquels elle a appartenu de l'âge de 12 à 19 ans, non par intérêt véritable, mais plutôt par extravagance, par curiosité et un léger penchant... pour les uniformes, confesse-t-elle en riant. «J'ai même décroché mes ailes de pilote d'avions motorisés», note-t-elle au passage.

De la caisse claire, elle est passée à la batterie, au sein de groupes hard-rock et punk. C'est toutefois dans un party rave, au tournant de la vingtaine, que la musique électronique, dont est dérivée la techno, un genre très percussif, l'a happée de plein fouet. Ce fut un coup de foudre, à la fois pour la musique et pour l'art des DJ, qui spinnent les disques vinyles et mixent les morceaux afin de mettre le feu aux pistes de danse. Initiée brièvement aux bases du métier par un ami, Barbara Bonfiglio a appris en autodidacte. Avant d'obtenir son premier contrat, elle a mixé neuf heures par jour pendant deux semaines.

«I was born to be a DJ», affirme avec aplomb Misstress Barbara, fière de son succès derrière les tables tournantes et de tous les morceaux originaux qu'elle a créés au fil des ans. Elle ne s'en cache pas : le métier n'a plus de secret pour elle... mais plafonner à 34 ans? Pas question! Elle préfère relever un nouveau défi : s'imposer comme chanteuse.

Son premier album, intitulé I'm no human, a vu le jour l'an dernier et a mérité une mise en nomination aux prix JUNO 2010. «Je me sens revivre et aussi excitée que lorsque j'ai commencé ma carrière de DJ, dit-elle. D'autant plus que j'ai toujours voyagé seule d'un bout à l'autre de la planète et que ça fait du bien de partager les hauts et les bas de la vie d'artiste avec des musiciens.»

Son album ne se résume pas à une succession de pièces électroniques, insiste-t-elle. Il regroupe de véritables chansons, où sa voix se mêle aux musiques qu'elle a composées. «Un album doit raconter une histoire et j'ai choisi d'utiliser des poèmes écrits après la mort de mon père, en 2006, afin de tisser un fil conducteur.»

Depuis, elle alterne entre la vie de chanteuse et celle de DJ. Malgré le côté jet-set de sa première passion, on sent que les 15 dernières années ne furent pas de tout repos. Contrairement aux artistes en général, un DJ ne part pas en tournée, il accepte les contrats qui se présentent, explique-t-elle. «En l'espace de deux semaines, il m'est arrivé d'aller au Brésil, en Italie et au Japon, puis de revenir à Montréal. Disons que je n'ai pas souvent le temps d'en profiter!»

Misstress Barbara souhaiterait prendre plus de temps pour elle, pour la vie en dehors de la musique, mais les feux de la scène la rattrapent sans cesse. «Je me sens coupable si je refuse un contrat, car je suis consciente que le succès du passé n'est pas garant de l'avenir», conclut-elle avec philosophie, avant de s'envoler pour Ibiza où, une fois de plus, elle fera danser sa foule sur des rythmes endiablés.

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