Un amour partagé entre éducation et politique

8 Mars 2010 à 0H00

«Je me suis toujours fait un devoir de comprendre et d'aider ceux qui ont de la difficulté. Cela doit provenir de mon enfance. Je suis la quatrième d'une famille de huit enfants, alors j'en connais un rayon sur la relation d'aide», souligne en riant Yolande Brunelle, lauréate du Prix Reconnaissance 2010 de la Faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM.

Yolande Brunelle a complété un baccalauréat d'enseignement en adaptation scolaire à l'UQAM dans la jeune trentaine. «J'avais amorcé mes études dans la vingtaine, mais un emploi d'éducatrice en garderie m'a éloignée des bancs d'école pendant quelques années», raconte-t-elle.

D'abord enseignante au primaire, puis chargée de cours à l'UQAM en didactique des mathématiques, et conseillère pédagogique pour la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île, Mme Brunelle était aux premières loges lors de l'implantation de la réforme, au début des années 2000. «C'est totalement faux de clamer, comme plusieurs le font, que l'on a condamné une génération en mettant l'acquisition des connaissances de côté, affirme-t-elle. Celles-ci n'ont pas été évacuées; elles sont même essentielles pour réaliser une approche par compétences. En français et en mathématiques, les approches centrées sur la compréhension ont profité à plusieurs élèves, qui deviennent les acteurs de leur apprentissage.»

Aider les enfants en milieu défavorisé a toujours interpellé Yolande Brunelle, qui a par la suite été directrice-adjointe d'une école dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, avant d'obtenir le poste de directrice de l'école Saint-Zotique, qu'elle occupe depuis trois ans. Cette école est située dans le quartier Saint-Henri, un autre secteur défavorisé de la ville. «Dans ce genre de milieu, il faut que les professeurs et les membres de l'équipe de direction de l'école soient des gens engagés et convaincus, et c'est le cas chez nous», dit-elle.

La politique

Yolande Brunelle n'a jamais cessé de travailler, et elle a en plus trouvé le temps pour soutenir la carrière politique de son mari... Gilles Duceppe, le chef du Bloc québécois. «J'étais éducatrice en garderie quand je l'ai rencontré, raconte-t-elle. Il était père monoparental et sa fille de deux ans et demi était inscrite à la garderie.» Mariés depuis plus de 30 ans, ils ont eu un fils ensemble et sont aujourd'hui les heureux grands-parents de trois petits-enfants, le plus jeune ayant vu le jour en janvier dernier.

«Je me rappelle particulièrement de la première campagne électorale de Gilles à titre de chef, en 1997. Le congrès à la chefferie venait à peine de se terminer lorsque Jean Chrétien a déclenché des élections. Ce fut la campagne la plus éprouvante.»

En ces années de gouvernement minoritaire, Mme Brunelle se réserve quelques jours de vacances au cas où des élections seraient déclenchées. «Autrement, je participe surtout à des activités politiques les week-ends, ce qui me permet de voir mon mari!», dit-elle en riant.

Une cause à défendre

Yolande Brunelle n'hésite pas à donner au chef du Bloc son point de vue sur des sujets chauds. Elle aime rappeler à cet effet qu'elle a été commissaire à la Commission scolaire de Montréal (CSDM), de 1994 à 1998. Comme son époux, elle était alors sur les bancs de l'opposition. «Cette expérience m'a permis d'avoir une vue d'ensemble sur les grands enjeux, politiques entre autres, du monde de l'éducation», dit-elle.

L'un de ces enjeux est la maternelle à temps plein dès l'âge de quatre ans. L'école que dirige Mme Brunelle fait l'objet d'un projet-pilote sur la question, en collaboration avec des chercheuses de la Faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM (France Capuano et Christa Japel, entre autres). «C'est un dossier qui me tient à cœur et qui demande de la volonté politique, note-t-elle. 90 % des élèves des milieux défavorisés ne fréquentent pas les CPE. C'est donc important de leur offrir la maternelle à temps plein dès l'âge de quatre ans afin de pouvoir dépister rapidement leurs problèmes d'apprentissage, le cas échéant.»

Étonnée et flattée de recevoir le prix Reconnaissance de la Faculté des sciences de l'éducation, Yolande Brunelle espère que son implication pour soutenir la réussite des élèves dans les milieux défavorisés amènera d'autres personnes à agir dans ce dossier. Elle lève du même coup son chapeau à la recherche-action en éducation. «On devrait favoriser davantage ce genre de recherche, car cela fait avancer les choses dans la bonne direction», conclut-elle.

Pour connaître les autres lauréats des Prix Reconnaissance : www.prixreconnaissance.uqam.ca

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