11 septembre: dix ans plus tard...

«Les Américains ne se sont pas encore remis du 11 septembre 2001», affirme Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.

6 Septembre 2011 à 0H00

«Les Américains ne se sont pas encore remis du 11 septembre 2001», affirme Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. L'économie américaine vacille de plus en plus et les répercussions liées à cette journée funeste n'y sont pas étrangères. «Avec le recul, on peut dire sans se tromper que ces attentats auront marqué le début du déclin de l'empire américain», analyse le professeur du Département de science politique de l'UQAM.

Il faut se rappeler qu'en septembre 2001, l'économie américaine était florissante et que les Etats-Unis «régnaient» en tant que superpuissance sur un monde relativement pacifié. «Aucun économiste n'aurait prédit que les États-Unis se retrouveraient à un tel niveau d'endettement dix ans plus tard», ajoute le chercheur.

«Le débat actuel sur la dette est étroitement lié aux dépenses militaires en Irak et en Afghanistan, deux guerres extrêmement coûteuses sur les plans humains et financiers», explique Frédérick Gagnon, directeur de l'Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand. Pourtant, beaucoup d'Américains pensent toujours que la guerre en Afghanistan était justifiée, de même que la nécessité d'investir, encore aujourd'hui, en matière de sécurité nationale.

Les deux chercheurs souscrivent à la thèse de l'Américain John Mueller, pour qui la réaction américaine par rapport aux éléments factuels associés à la menace terroriste d'Al-Qaida a été disproportionnée. «La preuve, c'est qu'il y a eu très peu d'attentats terroristes et aucun de l'ampleur du 11 septembre depuis les dix dernières années», souligne Charles-Philippe David. Bien sûr, certains seront prompts à répliquer que c'est parce que la sécurité a été renforcée et que des budgets ont été alloués en conséquence...

C'est là tout le paradoxe, note le titulaire de la chaire Raoul-Dandurand. La quasi-éradication d'Al-Qaida - selon les spécialistes, l'assassinat d'Oussama Ben Laden aurait anéanti l'organisation et les récentes révolutions dans le monde arabe auraient sérieusement entamé sa crédibilité - est compensée négativement par le lourd tribut de cet état de guerre, qui a participé à la dissolution du système économique américain. «Si jamais il devait y avoir une autre crise internationale très grave impliquant directement les États-Unis, comme un autre attentat en sol américain ou l'accession de l'Iran au rang de puissance nucléaire, je me demande comment les États-Unis pourraient poursuivre leurs politiques avec une économie aussi mal en point.»

Les Américains, concluent les deux chercheurs, se demandent plus que jamais s'ils seront capables de revenir en force et d'assumer leur rôle de superpuissance mondiale, tant sur le plan économique que politique.

De Bush à Obama

L'élection de Barack Obama, en 2008, annonçait espoir et changement, mais, dans la réalité, les Américains ont droit à la continuité de l'ère Bush sous plusieurs aspects, notent les deux spécialistes. «La vision manichéenne du Bien et du Mal mise de l'avant par le président Bush quelques heures après les attentats du 11 septembre n'existe plus sous Obama, note Charles-Philippe David. La forme des discours a changé, mais les actions concrètes tranchant avec le passé, elles, se font attendre.» Le maintien en service de la prison de Guantanamo et l'absence de prise en charge du dossier israélo-palestinien constituent de réelles déceptions pour les partisans du président. «Ce serait trop cynique de tout ramener à du calcul électoral, mais il est vrai que les politiques intérieures et étrangères du président Obama sont influencées par l'horizon électoral, analyse Frédérick Gagnon. Il doit naviguer afin de conserver l'appui non seulement de sa base démocrate, mais aussi des indépendants, des modérés et même de certains républicains pour conserver le pouvoir en 2012.»

Le Canada post-11 septembre

Les attentats du 11 septembre ont eu un impact énorme sur la politique étrangère canadienne, affirme Charles-Philippe David. Après l'invasion de l'Irak, les élites canadiennes - libérales comme conservatrices - ont voulu faire plaisir aux Américains et participer à la mission en Afghanistan, ce qui a impliqué d'investir dans les forces armées et de traiter la sécurité nationale comme une priorité. «En insistant sur la sécurité nationale, en traitant l'affaire Omar Khadr comme nous l'avons fait, en abandonnant notre neutralité dans le contentieux israélo-palestinien, nous sommes devenus beaucoup plus «Américains» dans la redéfinition de notre politique étrangère», analyse-t-il.

En participant à la mission armée en Afghanistan, le Canada a même abandonné son rôle de gardien de la paix hérité de Lester B. Pearson, déplore M. David. «Nous en sommes à notre plus faible participation en pourcentage au sein des Casques Bleus, que nous avons pourtant contribué à fonder dans les années 50.»

Pour plus d'information et d'analyses sur le 11 septembre, on peut consulter la lettre d'information spéciale émise par la Chaire Raoul-Dandurand à propos du dixième anniversaire des attentats.

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Souvenirs du 11 septembre 2001...

J'étais rivé sur un siège de RDI de 9h30 jusqu'à 23h afin d'analyser ce qui se déroulait sous nos yeux. C'était difficile de commenter à chaud un événement aussi important que celui-là, sans dire d'âneries et en étant le plus possible pertinent.

Charles-Philippe David, professeur
Département de science politique

Titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.

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J'étais à la maison et je lisais des textes pour un séminaire de maîtrise. Un de ces textes portait sur le politique étrangère des Américains. On y relatait entre autres les attentats ratés du World Trade Center en 1993 et on y mentionnait le nom de Ben Laden. Quand mes colocataires m'ont dit de venir jeter un oeil à la télévision sur ce qui se passait à New York, j'ai trouvé cela surréaliste!

Frédérick Gagnon, professeur
Département de science politique

Directeur de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

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Je me rappelle que nous prenions le petit déjeuner en regardant à la télévision ce qui se passait à deux coins de rue de nous.

Je me rappelle ne pas pouvoir remonter à ma chambre, les ascenseurs bloqués, les gens dévalant les escaliers et s'enfuyant.

Je me rappelle dire à une des rares personnes restée à mes côtés devant notre hôtel : «On dirait que le haut de la tour bouge?» et tout d'un coup l'avoir vue s'écrouler sur elle-même, le nuage de cendres qui arrive vers nous et s'arrête à un demi coin de rue, repoussé par le vent de l'Hudson.

Je me rappelle une policière qui passe devant moi en courant, hystérique, qui hurle «Run for your life!».

Je me rappelle certains hommes prêts à écraser femmes et enfants pour embarquer dans les quelques bateaux qui évacuaient cette partie de Manhattan.

Je me rappelle avoir tenté sans succès d'arrêter des voitures qui passaient et avoir marché des kilomètres jusqu'à la Délégation du Québec.

Je me rappelle le souper dans un restaurant du Village, à la limite des rubans jaunes du périmètre de sécurité, où tout se déroulait comme si de rien n'était.

Je me rappelle le retour en bateau et en bus, de Manhattan à Montréal, escorté par des voitures de police.

Je me rappelle bien d'autres choses édifiantes sur le comportement humain en situation de crise.

Marc H. Choko, professeur
École de design

À titre de directeur du Centre de design de l'UQAM, Marc H. Choko supervisait le montage de l'exposition The New Montreal, qui devait être présentée dans l'atrium de l'Hôtel Embassy Suites, à deux pas du World Trade Center, dans le cadre de l'événement Saison du Québec à New York.

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L'avant-veille, j'avais vécu une grande joie : le retour de ma fille après une année en France. J'étais donc sur mon petit nuage. À l'heure de la pause, j'ai quitté le comptoir de prêt pour me rendre à la cafétéria, où j'ai remarqué un attroupement autour d'un écran de télévision. J'ai jeté un coup d'oeil et j'ai aperçu le deuxième avion percuter l'autre tour. De retour au travail, j'ai essayé de me concentrer tant bien que mal, obtenant des bribes d'information de la part des usagers qui se présentaient au comptoir. Le soir, à la maison, les images des tours qui s'effondraient et des gens qui se jetaient dans le vide passaient sans arrêt à la télé. Je me suis couchée triste pour l'humanité, mais rassurée que ma petite chérie soit rentrée à la maison quelques jours avant la catastrophe.

Lorraine Troie-Rainville, commis service aux usagers
Service des bibliothèques

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J'étais à mon bureau au pavillon De-Sève et nous sommes descendus au Bistro Sanguinet pour regarder les nouvelles. Ma patronne de l'époque avait eu ces paroles prophétiques, que je n'avais pas prises au sérieux : «Rien ne sera jamais plus pareil.» Outre l'horreur des images et des drames humains vécus cette journée-là, le 11 septembre restera pour moi le jour 1 de l'ère Bush et du pire que les États-Unis peuvent être et représenter. Cette journée a malheureusement permis de justifier une guerre injustifiable qui aura coûté la vie à 100 000 civils irakiens, soit 25 fois le nombre de morts du 11 septembre, et d'amorcer à la face du monde le déclin de l'empire américain, déclin à la fois moral (perte de sens critique de la population et de la presse, mensonges du gouvernement), militaire et économique. À quand une journée commémorative pour les 100 000 Irakiens?

Claude Labrecque, coordonnateur
Faculté de communication

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Ce jour-là, j'allais rencontrer l'équipe masculine de soccer de l'UQAM au parc Kent avant le début de saison. Presque la moitié de l'équipe était d'origine maghrébine. La nature humaine étant ce qu'elle est, disons que les choses auraient pu déraper, mais les entraîneurs ont rapidement su mettre en perspective les événements et ont laissé les joueurs s'exprimer afin de conserver l'unité du groupe.

Éric Dion, animateur
Services à la vie étudiante - division Centre sportif

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