L'homme derrière Mutek

15 Avril 2011 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Montréal, ville de création numérique? C'est le rêve que caresse depuis près d'une vingtaine d'années l'homme par qui l'art numérique est venu à la métropole. Directeur général et artistique de Mutek, le festival dédié à la diffusion de la création numérique sonore, musicale et visuelle, Alain Mongeau (Ph.D. communications, 94) est un être hybride : un praticien dans un corps de théoricien, un mélomane fou de l'image, à la fois gestionnaire et rebelle.

Deuxième diplômé du doctorat en communication de l'UQAM (conjointement avec l'Université de Montréal et Concordia), Alain Mongeau soutient, en 1994, une thèse sur l'interactivité, un sujet appelé à devenir l'un des mots d'ordre de la révolution médiatique qui s'amorce. La même année, il est embauché à la direction artistique du premier Symposium d'arts électroniques de Montréal, chapeauté par l'Inter-Society for the Electronic Arts (maintenant ISEA International), alors basée aux Pays-Bas, qui organise chaque année un symposium itinérant. L'édition montréalaise obtient un grand succès.

«L'événement a permis aux nouveaux médias de se révéler à Montréal et aux artistes montréalais de se révéler à eux-mêmes», fait-il remarquer. L'ISEA installe par la suite son siège social à Montréal et nomme Mongeau à la direction artistique. En parallèle, afin d'assurer un volet local à la création et à la diffusion de l'art numérique, il fonde avec Monique Savoie la Société des arts technologiques (SAT), qu'il quittera peu après en raison de divergences d'opinion avec sa cofondatrice. Son poste à l'ISEA l'amène à voyager aux quatre coins de la planète techno : Liverpool, Paris, Chicago, Berlin.

En 1997, il quitte le bateau pour embarquer dans une nouvelle aventure. Le Festival international du nouveau cinéma et des nouveaux médias (FCMM), sous la gouverne de Claude Chamberlan, lui offre la direction de son volet «nouveaux médias». «Je devais éduquer les gens sur les nouveaux médias, raconte-t-il. Le cinéma numérique à l'époque n'existait même pas!»

Au FCMM, Mongeau développe son concept de Media Lounge : une véritable immersion dans la culture numérique, un lieu éphémère dans lequel on présente pendant 10 jours des performances et des installations. Le concept attire les foules, mais l'expérience prend fin par manque de subventions. Mutek, le complément sonore du Media Lounge, voit le jour. «Le milieu de la création numérique avait besoin d'un festival pour avancer. Chaque génération vient avec son festival et Mutek était en phase avec l'an 2000», affirme-t-il.

En France, en Espagne, au Mexique ou au Chili, des chapitres locaux de Mutek se multiplient. Pour Alain Mongeau, le Chili, où il a vécu de 1973 à 1976, est une deuxième patrie. «J'y suis retourné en 2001 et j'y ai découvert une scène musicale bien vivante et actuelle que je voulais exporter. De leur côté, les Chiliens souhaitaient avoir un volet local de Mutek. Petit à petit, des liens entre les deux Amériques se sont tissés, l'Argentine, le Brésil et la Colombie ont emboîté le pas et sont entrés dans la danse!»

En 2009, Mutek reçoit le Grand Prix du Conseil des arts de la Ville de Montréal (ex-aequo avec le festival de musique électronique Elektra). Pour Mongeau, c'est la consécration : Mutek est enfin reconnu comme le porte-étendard de la culture numérique.

L'année 2011 a démarré en lion. Le festival a installé son QG dans les locaux de la SAT, tout juste rénovés boulevard Saint-Laurent, au cœur du Quartier des spectacles. «Il a fallu 10 ans pour ramener tout le monde sous un même toit, dit le fondateur de Mutek et cofondateur de la SAT. Le positionnement de Montréal sur la scène internationale des arts numériques s'en trouve renforcé.»

Plusieurs diplômés de l'UQAM gravitent autour de Mutek, dont la directrice adjointe Sarah Girouard (B.A communication, 02) et la chargée de cours Mélissa Mongiat (B.A. design graphique, 02), reconnue à l'échelle internationale pour ses interventions interactives. L'an dernier, celle-ci a présenté, en collaboration avec sa collègue Mouna Andraos, une session d'improvisation musicale collective au cours de laquelle la façade du pavillon Président-Kennedy de l'UQAM, qui donne sur la Place des festivals, était illuminée d'une projection qui s'animait au rythme des séquences sonores créées par les passants et transmises via leurs téléphones cellulaires!

La 12e édition de Mutek aura lieu du 1er au 5 juin prochain : «Le Quartier des spectacles va se transformer en media lab à ciel ouvert», prévient Alain Mongeau.

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