Du Saguenay à Montréal

Professeur à l'UQAM depuis 2009, Samuel Archibald figure parmi les révélations littéraires de l'automne grâce à un recueil d'histoires intitulé Arvida.

14 Novembre 2011 à 0H00

«Je n'ai pas eu l'occasion de voir beaucoup d'amis, car c'était la période de la chasse à l'orignal. Mon propre père a pris deux minutes pour venir me saluer et il est retourné dans la montagne. Par contre, j'ai rencontré plusieurs lecteurs venus faire autographier leur exemplaire en précisant qu'ils avaient acheté mon livre à la boucherie.»

On dirait presque l'amorce de l'une des abracadabrantes histoires contenues dans le recueil Arvida, paru cet automne chez Le Quartanier. «J'ai finalement compris que c'est Régis Simard, un vieil ami de la famille, qui vendait mon livre à ses clients de la boucherie!», explique en riant Samuel Archibald, professeur au Département d'études littéraires.

Auréolé par le succès critique récolté par sa première œuvre de fiction, l'écrivain participait récemment au Salon du livre du Saguenay. L'événement avait lieu dans un hôtel de l'ancienne municipalité d'Arvida, fusionnée depuis 1975 avec Jonquière. La ville qui l'a vu naître constitue la toile de fond d'Arvida, un recueil peuplé de «petits bandits», de «débiles légers», d'«hommes mauvais» et de «femmes énigmatiques et terrifiantes», sans oublier quelques monstres et des maisons hantées.

La plume colorée de Samuel Archibald a permis à Arvida de décrocher une place parmi les finalistes du Prix littéraire des collégiens, dont le lauréat sera dévoilé au printemps 2012.

Littérature populaire et faux-document

Samuel Archibald a quitté le Saguenay en 1996 pour étudier à l'UQAM, où il a complété un baccalauréat en études littéraires et un doctorat en sémiologie portant sur la littérature et les nouveaux médias numériques. Sa thèse a été publiée sous forme d'essai en 2009 par Le Quartanier.

Embauché par le Département d'études littéraires en 2009, il donne des cours sur le roman policier, la science-fiction, le fantastique et d'autres formes de littérature populaire et de pratiques culturelles, dont le cinéma d'horreur. «Ma thèse m'a amené à analyser des possibilités textuelles plutôt que des productions concrètes, alors je profite pleinement de ce retour aux sources vers les œuvres qui me branchent», explique-t-il, enthousiaste.

À titre de chercheur, il s'intéresse aux œuvres de fiction qui se font passer pour historiques ou factuelles. «La création de faux documents ne date pas d'hier, précise-t-il. Dès le XVIIe siècle, il était courant de publier des textes de fiction en faisant semblant qu'il s'agissait de textes véridiques.» Pensons à L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche (1605) de Cervantes, à Robinson Crusoé (1719) de Daniel Defoe ou aux Aventures d'Arthur Gordon Pym (1838) d'Edgar Allan Poe. Cela s'est poursuivi notamment avec La Guerre des Mondes (1898) d'Orson Welles, qui avait créé une panique lors de son adaptation à la radio en 1938. «On en retrouve aujourd'hui à la télévision et au cinéma, de même que sur Internet avec des faux blogues et même des séries sur YouTube - allez jeter un œil sur Marble Hornets.»

L'écrivain en lui a d'autres projets en chantier, dont un roman qui se déroulera dans une école secondaire en 1994, l'année du suicide fort médiatisé de Kurt Cobain. Il travaille à un autre roman qui met en scène deux frères durant l'épisode d'hystérie collective réellement survenu au Saguenay en 1989 : une jeune fille avait été découpée en morceaux et découverte dans des sacs poubelle. «La nouvelle a été éclipsée par le drame de Polytechnique, alors j'ai décidé de refaire l'enquête et d'écrire là-dessus», souligne-t-il.

Implication tous azimuts

Avant son embauche à l'UQAM, Samuel Archibald a effectué un postdoctorat à l'Université de Poitiers, en France. «Comme la ville est à une heure et demie de Paris en train, la plupart des professeurs ne font que donner leur cours et retourner dans la capitale, mais je ne souhaitais pas vivre cela, raconte-t-il. Je suis demeuré sur place, on m'a invité aux assemblées départementales et j'ai fini par faire partie des meubles!»

Pas surprenant de la part de ce jeune professeur, qui a accepté à l'UQAM la tâche de directeur adjoint des programmes de premier cycle en études littéraires. «Je ne veux pas seulement faire de la recherche et enseigner, je souhaite comprendre comment fonctionne la machine administrative, explique-t-il. Cela me permet également de rencontrer des étudiants pour les aider dans leur cheminement, ce qui est enrichissant sur le plan personnel.»

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