Jamais sans mon violon

Fille du violoniste et pédagogue Jean Cousineau, directeur fondateur des célèbres Petits violons de Montréal, Yukari Cousineau a cinq ans quand elle donne ses premiers coups d'archet.

15 Novembre 2011 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Yukari Cousineau
Photo: Nathalie St-Pierre

La musique, elle est «née dedans». Fille du violoniste et pédagogue Jean Cousineau, directeur fondateur des célèbres Petits violons de Montréal, Yukari Cousineau (B.Mus., 96) a cinq ans quand elle donne ses premiers coups d'archet. «Petite, j'assistais aux répétitions des élèves de mon père. J'étais fascinée par l'instrument», se rappelle celle qui est aussi la nièce du compositeur et pianiste François Cousineau et de l'auteur-compositeur-interprète Luc Cousineau.

Pour Yukari, son frère Nicolas et sa petite sœur Marie-Claire (B.Mus., 97), aujourd'hui directrice artistique des Petits violons et de l'Ensemble Jean Cousineau, toutes les occasions sont bonnes pour jouer en compagnie de leur père. «Enfants, nous formions un orchestre miniature, raconte la violoniste. Quand nous partions en vacances, nous étions serrés comme des sardines dans la voiture avec nos instruments de musique.»

Yukari Cousineau a été nommée, en janvier 2010, violon solo de l'Orchestre Métropolitain (OM), dirigé par Yannick Nézet-Séguin, dont elle est membre depuis 1998. Le poste de premier violon (ou violon solo), réservé aux violonistes les plus expérimentés, demande beaucoup de rigueur, de discipline et de résistance au stress : en plus de jouer tous les solos de violon, la personne est aussi chef de la section des violons. «Il faut être capable d'harmoniser les partitions, de gérer les demandes des uns et des autres. Le premier violon connaît les points forts et les points faibles de chacun de ses musiciens. Si le concert sonne mal, c'est lui qu'on pointe du doigt.»

La musicienne, qui s'est perfectionnée auprès de grands violonistes comme le Français Jean-Jacques Kantorow et l'Espagnol Felix Ayo, a fait ses classes dans plusieurs orchestres, dont l'Orchestre de chambre de l'UQAM, en tant que violon solo, et l'Orchestre de chambre de McGill, en tant qu'alto solo. Elle a également été membre de La Pietà (violon et alto), de l'ensemble de la Société de musique contemporaine du Québec (violon) et du quatuor Molinari (alto). Elle a travaillé entre autres avec Diane Dufresne, Rock Voisine et Isabelle Boulay, en plus d'avoir collaboré à plusieurs bandes sonores de films. Chargée de cours au Département de musique de l'UQAM depuis 2003, elle s'occupe principalement des classes d'alto et de violon.

Sa vision de l'enseignement de la musique a été influencée par son apprentissage à l'école des Petits violons, «un établissement peu conventionnel, où l'on ne fait pas de gammes!», illustre-t-elle. L'école, qui a formé plusieurs grands violonistes comme Angèle Dubeau et Alexandre da Costa, a célébré ses 45 ans d'existence en 2010.

À l'âge de 11 ans, Yukari est premier violon de l'orchestre de l'école (un poste qu'elle conservera jusqu'à l'âge de 20 ans) et joue dans Modulos III, une création du compositeur de musique contemporaine Alcides Lanza. L'année suivante, elle part en tournée aux quatre coins du Québec pour interpréter en tant que soliste l'intégrale des Quatre Saisons de Vivaldi. «Je n'avais peur de rien!, se souvient-elle. Le trac m'a rattrapée à l'âge adulte. Je suis alors devenue si nerveuse sur scène que j'ai pensé mettre fin à ma carrière.»

Au début de la vingtaine, des doutes la tenaillent. «Je jouais du violon depuis près d'une quinzaine d'années et je ne m'étais jamais interrogée sur mon avenir.» Poussée par l'envie «de prendre ses distances par rapport à la musique», elle suit des cours en psychologie et en philosophie. «Mais je m'ennuyais terriblement de mon violon. C'est là que j'ai réalisé que je voulais faire une carrière de musicienne.»

Elle abandonne ses cours pour s'inscrire au baccalauréat en musique. À l'instar de l'école des Petits violons, le Département de musique de l'UQAM «ne cultive pas un esprit de compétition malsaine, ce qui m'aurait probablement détruite». Pendant ses études, elle fait la rencontre du professeur Martin Foster, aujourd'hui à la retraite, qui devient un mentor et un ami. «Il sait faire preuve de souplesse et s'adapter à chacun de ses étudiants. De plus, c'est une encyclopédie vivante de la musique.» À la fin de son baccalauréat, Yukari Cousineau obtient la meilleure note d'examen final de l'histoire du Département de musique.

À l'aube de ses 40 ans, la violoniste se sent en pleine possession de ses moyens. «Depuis que je suis premier violon, je suis davantage préparée quand j'arrive sur scène. Cette préparation plus poussée m'a aidée à retrouver le feeling de jouer pour le seul plaisir de jouer. Et c'est merveilleux!»

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