Lino s'affiche au Centre de design

L'œuvre multiforme du graphiste Lino est au Centre d'une importante exposition au Centre de design.

19 Septembre 2011 à 0H00

«Un travail hors des courants à la mode, des oeuvres fortes faisant appel à la réflexion et à l'émotion, un graphisme qui a de l'estomac et de grandes qualités plastiques.» C'est en ces termes que le professeur Marc Choko, de l'École de design, décrit la pratique du designer québécois Lino. Né Alain Lebrun en 1967, Lino a produit une oeuvre foisonnante, à la fois ludique et porteuse de préoccupations sociales, qui fait l'objet d'une exposition au Centre de design de l'UQAM, depuis le 30 août jusqu'au 30 octobre prochain.

Intitulée Expo Lino, 1999-2011, l'exposition, mise en espace par Georges Labrecque, présente une quarantaine d'affiches, plusieurs illustrations, des planches graphiques originales, des couvertures de livres et quelques toiles. En parallèle, le hall de la Grande Bibliothèque accueille également, jusqu'au 2 octobre, des affiches, ainsi qu'une grande murale de 44 pieds, signées Lino.

Celui qui se définit comme un «artiste en arts visuels» s'est fait connaître d'un large public en raison de sa collaboration avec l'agence orangetango et de la série d'affiches réalisées pour le Théâtre de Quat'Sous et Wajdi Mouawad. Son amitié avec le dramaturge a donné lieu, d'ailleurs, à de multiples projets dont le point culminant a été la réalisation de l'affiche du Festival d'Avignon de 2009. Lino a créé également nombre d'affiches pour l'Opéra de Montréal, le Théâtre Petit à Petit, le Marché de la poésie et le Théâtre d'Aujourd'hui.

Doctorant en études et pratiques des arts à l'UQAM et chargé de cours à l'École de design, le graphiste gagne aussi sa vie en vendant des illustrations à des journaux et magazines canadiens et américains, ou en illustrant des campagnes publicitaires. Parallèlement à ces activités, Lino a touché à la scénographie et au dessin d'animation, a fait de la peinture et a écrit et illustré trois romans graphiques publiés aux Éditions les 400 coups : La saveur du vide (2004), L'ombre du doute (2006) et La chambre de l'oubli (2008).

Un affichiste accompli

Selon Marc Choko, commissaire de l'exposition, Lino représente une exception dans le monde du graphisme au Québec et au Canada. «Chez lui, dit-il, oeuvre artistique, illustration éditoriale et pratique commerciale sont intimement liées, s'alimentant l'une l'autre.» L'ancien directeur du Centre de design insiste notamment sur l'homogénéité de la démarche de l'artiste à travers la grande diversité de ses interventions. «L'intérêt des oeuvres graphiques de Lino tient à la capacité qu'il a de leur donner une qualité esthétique, tout en leur conservant une efficacité publicitaire.»

L'illustration éditoriale a joué un rôle particulièrement formateur pour Lino, note le professeur Choko. «Cette rude école lui a appris à aller à l'essentiel, à créer des images fortes et concises qui accompagnent et amplifient un message. Cette expérience, conjuguée à ses qualités artistiques, a fait de Lino un affichiste accompli.»

Dans l'ouvrage magnifiquement illustré qui accompagne l'exposition, intitulé simplement Lino, coécrit avec Marc Choko (éditions Alto) et dont la direction artistique a été assumée par le diplômé Tomasz Walenta, le designer souligne que l'outil le plus important pour lui est immatériel. «Je parle ici de la sensibilité. Sans elle, l'artiste ne fait que reproduire la réalité. Il n'y a pas un crayon assez fin, un pinceau assez souple, une peinture assez riche pour remplacer ce que la sensibilité peut faire.»

PARTAGER