Trop cool, la science!

Un programme de conférences organisé par le Cœur des sciences s'adresse aux jeunes du secondaire afin de leur faire découvrir la science autrement.

31 Octobre 2011 à 0H00

«La science, c'est que pour les bolés». «Un scientifique ne travaille que dans un laboratoire.» C'est ce type de préjugés que Sophie Malavoy, directrice du Cœur des sciences, souhaite faire tomber avec la série de 10 conférences gratuites, Les explorateurs scientifiques, qui s'adresse chaque année depuis quatre ans aux jeunes du deuxième cycle du secondaire. «Nous avons remarqué que les écoliers du primaire adorent les expériences scientifiques. Mais lorsqu'ils se retrouvent au secondaire, ça se gâte ! Les jeunes se découragent rapidement s'ils n'ont pas de bons résultats scolaires», fait-elle remarquer. D'où l'idée de déboulonner certains mythes associés aux carrières scientifiques. «C'est souvent vers l'âge de 15-16 ans que les jeunes décident dans quel domaine d'étude ils s'orienteront au collégial, observe la directrice. Nous voulons leur démontrer qu'il est possible de faire une carrière en sciences sans nécessairement détenir un doctorat.»

Financé par le Programme Nova-Science du ministère du Développement économique, Innovation et Exportation du Québec, le programme fait appel à plusieurs conférenciers qui ne sont pas tous des chercheurs universitaires et qui pratiquent leur métier hors des sentiers battus: une dentiste qui œuvre pour Dentistes sans frontières en Uruguay, un biologiste qui étudie les impacts des changements climatiques sur les écosystèmes dans l'Arctique, une neurophysiologiste qui mesure le taux d'empoisonnement au mercure chez les populations d'Amazonie, par exemple.

«Les jeunes découvrent que les métiers scientifiques demandent des compétences qui ne sont pas uniquement scolaires, observe Sophie Malavoy. Il faut parfois faire preuve de diplomatie quand on travaille avec des gens d'autres cultures, être bon en logistique pour coordonner des équipes, pouvoir s'adapter à des climats extrêmes ou avoir une bonne santé physique pour transporter son équipement scientifique dans la jungle.»

Être pertinent

Pour plaire à un public peu gagné d'avance, souvent féru de jeux vidéo et de clips musicaux, et très à l'aise avec les nouvelles technologies, les conférenciers doivent recourir le plus souvent possible à du matériel interactif : des photos, de la vidéo, etc. Ils truffent également leurs interventions d'anecdotes. «L'important, pour garder les jeunes attentifs, est de leur parler d'aventures, tout en ponctuant le tout de notions scientifiques, résume Sophie Malavoy. On veut aussi rester près des préoccupations des jeunes et du monde dans lequel ils évoluent. On parle beaucoup d'environnement, par exemple. On veut les faire réfléchir et leur faire prendre conscience de la complexité des problèmes actuels.»

Le contenu de la conférence est revu par l'équipe du Cœur des sciences afin qu'il soit le plus vulgarisé possible. Un guide pédagogique sur le thème de la conférence, élaboré par des consultants en éducation, et contenant un glossaire, un tableau des objectifs pédagogiques, des articles et des suggestions d'activité, permet aux professeurs de préparer leurs élèves avant la tenue de l'événement.

La popularité des Explorateurs scientifiques ne cesse de grandir. Bon an mal an, le Cœur des sciences accueille dans son amphithéâtre quelque 3 000 jeunes. «On retrouve de tout: des élèves sages comme des images avec leurs tablettes de notes sur les genoux, et d'autres beaucoup plus turbulents!, s'amuse la directrice. Il est certain qu'on ne va pas développer le goût pour les sciences chez tous les adolescents, mais si on suscite l'intérêt de deux ou trois jeunes par conférence, c'est déjà beaucoup.»

D'autres projets scientifiques

Le Cœur des sciences souhaite élargir son programme jeunesse en créant un volet terrain, qui reprend dans les grandes lignes la formule des Explorations d'un jour. Offerte au grand public, cette série d'expéditions d'une journée permet de faire découvrir aux participants le quotidien de scientifiques de «terrain», comme les géologues. «Les jeunes pourraient explorer, découvrir et observer la nature, prendre la température d'un lac par exemple, illustre Sophie Malavoy. C'est de la science en temps réel.» Les apprentis scientifiques d'un jour seraient accompagnés d'instructeurs bénévoles, des étudiants de la Faculté des sciences jumelés à des étudiants de la Faculté des sciences de l'éducation. L'équipement scientifique pourrait aussi être prêté par l'Université. Si le projet obtient du financement, les premières expéditions jeunesses pourraient avoir lieu dès 2012.

Le volet grand public est aussi appelé à s'élargir avec le développement des balades urbaines ─ des circuits en ville d'une durée de deux heures où l'on découvre, par exemple, les zones d'agriculture urbaine ou le patrimoine architectural ─ offertes par des professeurs et chercheurs de l'UQAM. «Tourisme Montréal et Tourisme Québec se sont montrés très intéressés à collaborer avec nous», révèle Sophie Malavoy. On annonce également la création prochaine d'une balade sur les pigeons urbains, qui permettra d'observer le comportement de ces oiseaux mal-aimés en compagnie du spécialiste du comportement animal Luc-Alain Giraldeau, professeur au Département des sciences biologiques.

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