Un comptable dans l'avion

Louis Bélanger Martin a lancé DTI Software avec son associé Nicolas Bélanger, il y a une quinzaine d'années. Aujourd'hui, l'entreprise de 200 employés détient le quasi-monopole des produits de divertissement électronique à bord des avions.

15 Novembre 2011 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Louis Bélanger Martin m'a déjà sauvé la vie. C'était en 2010 et je me trouvais à bord d'un vol Paris-Montréal qui allait durer près de 10 heures au lieu des 7 habituelles. Le volcan Eyjafjallajökull faisait des siennes et il fallait contourner son nuage de cendres. Les zones de turbulence se sont succédé, mon voisin a vomi son déjeuner et moi, j'ai bien failli perdre les pédales. Heureusement que j'ai découvert le jeu Tetris sur l'écran installé devant mon siège. En me concentrant pour aligner les petits cubes de couleur du jeu vidéo, j'ai retrouvé mon calme.

Ce n'est que 15 mois plus tard que j'ai eu la chance de remercier mon «sauveur», rencontré chez DTI Software, dans le Vieux-Montréal. Louis Bélanger Martin (B.A.A. comptabilité de management, 94), comptable en management accrédité, a lancé la boîte avec son associé Nicolas Bélanger, il y a une quinzaine d'années. Aujourd'hui, l'entreprise de 200 employés détient le quasi-monopole des produits de divertissement électronique à bord des avions. Plus de 90 % des consoles vidéo sur les appareils civils sont animées grâce à ses logiciels.

La conquête des airs débute en 1995 quand Nicolas a l'idée de concevoir des logiciels pour jouer au poker dans les chambres d'hôtel. Il est à la recherche d'un comptable pour l'aider à monter son affaire. Les deux Bélanger se rencontrent et décident de fonder Laboratoire Den-O-Tech. «Ni lui ni moi ne connaissions grand-chose à la techno», raconte Louis Bélanger Martin qui, pour un PDG de multinationale, arbore un look plutôt décontracté.

Le duo a beau ne rien y connaître, il fait des choix judicieux. En décidant, par exemple, de faire rouler ses logiciels sur un système d'exploitation ultra-simple, compatible avec une grande variété de consoles.

Peu de temps après la naissance de Den-O-Tech, Air France achète une série de Boeing 777 et décide d'équiper chaque siège d'un écran individuel. La compagnie veut offrir une expérience de divertissement personnalisée et interactive à ses passagers. Le transporteur aérien choisit Hughes Avicom comme fournisseur de consoles, puis se met à la recherche d'un fournisseur de contenu. «Il s'est avéré que Nicolas et moi, les deux petits cousins québécois, étions les seuls au monde à pouvoir offrir un produit compatible», se réjouit l'homme d'affaires.

Les deux associés décident d'abandonner les chambres d'hôtel pour se concentrer sur le marché de l'aviation. Ils passent un mauvais quart d'heure - sept années difficiles, en fait - quand Avicom est vendu. La mère de Louis hypothèque sa maison et prête 20 000 $ au duo. Le père de Nicolas en fait autant. Ce sera le meilleur investissement de leur vie.

C'est paradoxalement après le 11 septembre 2001 que les affaires décollent. «Les compagnies aériennes cherchaient le moyen de distraire leurs passagers, se souvient le PDG. Nos produits étaient tout désignés.» Dans les années qui suivent, Louis passe une ou deux journées par mois à Montréal et partage le reste de son temps entre les grandes capitales, dont Dubaï, Singapour et Tokyo, où DTI ouvre des bureaux.

En 2008, les deux Québécois vendent l'entreprise à l'allemande Advanced Inflight Alliance AG. Louis reste en poste comme PDG et passe désormais une semaine par mois à Munich, où se trouve le siège social. Nicolas prend les commandes de Groupe W, une société d'investissement créée pour gérer l'avoir des deux associés. Louis Bélanger Martin, qui fêtera bientôt ses 41 ans, ne révèle pas le montant de la vente de DTI, se contentant de dire qu'il pourrait «certainement cesser de travailler».

Aujourd'hui, l'homme d'affaires cultive ses relations avec quelque 110 compagnies aériennes, dont Singapour Airlines, Japan Airlines ou KLM. DTI offre à ses clients plus de 160 jeux - dont Tetris. Quand il n'est pas dans les avions, Louis se déplace à bord de son hélicoptère personnel, entre Montréal et Magog, où il habite avec sa femme Valérie et leurs quatre garçons. La famille élève des chevaux de race Rocky Mountain, importés du Kentucky.

«Lorsque je suis aux commandes de l'hélicoptère, c'est le seul moment où j'arrive à décrocher», confie le bourreau de travail. De toute évidence, l'homme d'affaires valorise le dur labeur. Au mois d'août 2011, Nicolas et lui ont conclu une transaction pour racheter Advanced Inflight Alliance AG. «Nous avons monté une structure financière avec des partenaires israéliens, américains et chinois pour reprendre le contrôle», dit-il.

Le duo Bélanger a pour objectif de multiplier par 20 d'ici cinq ans la valeur de l'entreprise, la faisant passer de 50 millions à 1 milliard $. Les entrepreneurs veulent équiper les hôtels, les trains et les lits d'hôpitaux de consoles de jeu. «Imaginez le potentiel», me dit le patron, les yeux brillants.

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