Une collection en évolution

À sa naissance, en 1969, l'UQAM a hérité de la collection de l'École des beaux-arts de Montréal.

15 Novembre 2011 à 0H00

Série Cinquante ans d'histoire
L'UQAM, qui célèbre son 50e anniversaire en 2019-2020, a déjà beaucoup d'histoires à raconter. La plupart des textes de cette série ont originalement été publiés de 2006 à 2017 dans le magazine Inter. Des notes de mise à jour ont été ajoutées à l'occasion de leur rediffusion dans le cadre du cinquantième.

Peter Gnass, Progression sans fin, 1977. Collection d'oeuvres d'art de l'UQAM.

En Amérique du Nord, toute université digne de ce nom possède sa propre collection d'œuvres d'art. L'UQAM n'échappe pas à la règle. On retrouve dans sa collection institutionnelle des sculptures inuites, une superbe momie égyptienne avec son sarcophage, mais également des œuvres résolument contemporaines d'artistes qui ont fait leurs premières armes à l'UQAM ou qui ont exposé à sa Galerie.

Haut lieu de l'art contemporain à Montréal, la Galerie de l'UQAM a d'abord été créée, en 1975, pour offrir un espace permanent d'exposition à la collection d'œuvres héritée de l'École des beaux-arts de Montréal en 1969, lors de la création de l'Université. Depuis, la Galerie a déménagé ses pénates de la rue Saint-Urbain à son espace actuel du pavillon Judith-Jasmin. Ses activités d'exposition d'œuvres d'étudiants et d'artistes contemporains ont largement pris le dessus, mais elle est toujours en charge de la conservation et du développement de la collection institutionnelle.

Lors de son rapatriement à l'UQAM, en 1969, la collection de l'École des beaux-arts constituait un assemblage pour le moins hétéroclite : des moulages d'œuvres célèbres de l'Antiquité qui servaient à l'enseignement des arts à une époque où l'on croyait davantage aux vertus de la copie des grands maîtres qu'à celles de l'exploration; des gravures réalisées par centaines dans l'atelier du célèbre Albert Dumouchel; la fameuse momie et son sarcophage, qui ont été exposés au Musée canadien des civilisations il y a quelques années, ainsi que quelques tableaux et sculptures d'artistes québécois marquants comme Gilles Boisvert ou Yves Trudeau.

Quelque 4 000 œuvres

Au milieu des années 1990, quand un moratoire est décrété sur l'acquisition de nouvelles pièces, la collection de l'UQAM compte quelque 4 000 œuvres, sensiblement le même nombre que la collection du Musée d'art contemporain de Montréal! Entre les pièces contemporaines acquises pendant les années 1980, les bustes de plâtre, les sculptures en pierre à savon et les objets de l'Égypte ancienne hérités de l'École des beaux-arts, plus personne ne saurait dire exactement ce qu'elle contient.

«Des étudiants ont été embauchés pour dresser un inventaire complet, qui a par la suite été informatisé», confie la directrice de la Galerie, Louise Déry, arrivée à la barre en 1997. «Nous avons recommencé à acquérir des œuvres seulement en 2003, après l'élaboration d'une politique d'acquisition rigoureuse.»

Désormais, la manière dont la collection se construit n'est plus laissée au hasard. «Depuis 2003, on acquiert des œuvres des 10 dernières années seulement et on avance dans le temps, explique la directrice. Par exemple, cette année, on a fait l'acquisition d'œuvres datant de 2001 à 2011.» Comme l'UQAM ne possède pas les moyens d'acquisition d'une grande institution, cette stratégie est garante de cohérence, souligne Louise Déry. «On voit d'ailleurs que les quelque 100 œuvres qui ont été acquises depuis la fin du moratoire pourraient faire partie de la même exposition, poursuit-elle. Ces œuvres ont des liens les unes avec les autres, elles ont du sens ensemble. En milieu universitaire, ces questions de concordance sont très importantes.»

Dons d'artistes

En fait, il est exceptionnel que la Galerie achète des œuvres. Sa collection s'enrichit au fil des dons, provenant la plupart du temps des artistes eux-mêmes, mais dans quelques cas reçus par l'entremise d'un tiers. Ainsi, en septembre 2010, elle a pu mettre la main sur Loup-Garou 1, une œuvre majeure du diplômé David Altmjed (B.A. arts visuels, 1998), reconnu à l'échelle internationale, grâce au Prix de la dotation York-Wilson du Conseil des arts du Canada, doté d'une bourse de 30 000 dollars.

En général, on acquiert deux ou trois œuvres à la fois d'un même artiste. Ces pièces servent entre autres de corpus d'étude à des étudiants en histoire de l'art. Les œuvres acquises ont des liens avec la programmation de la Galerie (on a ainsi acquis des pièces d'artistes exposés à la Galerie, comme BGL, Sarkis ou Dominique Blain), avec les professeurs qui ont enseigné à l'Université, comme le sculpteur Michel Goulet (B.Sp. arts plastiques, 1975), ou avec les artistes qui ont étudié auprès d'eux et qui font maintenant carrière sur la scène internationale. «Il y a toute une nouvelle génération d'artistes qui émergent - les David Altmejd, Michel de Broin (M.A. arts plastiques, 1997), Manon de Pauw (M.A. arts visuels et médiatiques, 2003) ou Raphaëlle de Groot (M.A. arts visuels et médiatiques, 2007) -, dont nous sommes en train d'acquérir des pièces», affirme Louise Déry avec fierté.

Depuis trois ans, la directrice de la Galerie a également mis sur pied un nouveau projet, celui d'une collection de petits objets, dans certains cas produits par des artistes en série limitée. Cette «Petite Collection» compte entre autres un éventail aux couleurs vives (Death after life) du duo britannique Gilbert & Georges, un Carré de soie sur lequel ont été imprimés différents symboles religieux, de Dominique Blain, et des tampons encreurs (Vivre pour conspirer, Tant qu'il y a du noir il y a de l'espoir) de Mathieu Beauséjour, connu pour avoir imprimé ses slogans sur une multitude de billets de banque canadiens.

«Une collection universitaire doit permettre de jouer un rôle actif par rapport aux valeurs artistiques qu'on veut défendre en tant qu'institution», souligne Louise Déry.

En plus de servir de support à l'enseignement des arts et de la muséologie, la collection contribue également au prestige et au rayonnement de l'Université. «Au cours des dernières années, de nombreuses œuvres de la collection - des tableaux de François Lacasse (M.A. arts plastiques, 1992), professeur à l'École des arts visuels et médiatiques, et de Françoise Sullivan, entre autres - ont été empruntées par des musées qui organisent des expositions et plusieurs ont été reproduites dans des catalogues», affirme la directrice de la Galerie.

Longtemps conservées dans les caves de l'UQAM, les œuvres de la collection ont récemment été mises en lieu sûr au Centre de collection muséale de Montréal, où tous les musées montréalais qui n'ont plus d'espace dans leurs réserves conservent leurs œuvres. «Ce n'est pas parce que nous sommes une jeune université que nous n'avons rien à préserver», lance la directrice de la Galerie. En attendant qu'elles soient exposées au public, on peut voir une sélection des œuvres de la collection sur le site de la Galerie.

Source:
INTER, magazine de l'Université du Québec à Montréal, Vol. 9, no 2, automne 2011.

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